Mise en avant

Pusha T : King Push – Darkest Before Dawn : The Prelude

Pusha T : King Push – Darkest Before Dawn : The Prelude

Plongée dans les travées psychologiques de la vie de gangster

Dans la petite ville de Norfolk, en Virginie, Pusha T a remplacé le traditionnel ciment des fondations des tours de banlieue par des sacs de farine. Plus pratique pour la cuisson des petits pains et leur distribution à grande échelle.

Livré avec un court-métrage, King Push – Darkest Before Dawn : The Prelude est le deuxième album solo de la moitié sombre des Clipse, sorti le 18 Décembre 2015 sur GOOD Music et Def Jam Recordings. Il annonce en une dizaine de titres le très attendu King Push prévu pour Juillet 2016 et d’ores-et-déjà évoqué comme l’un des événements majeurs de l’année. Et dès la première écoute, on est envahi par la sensation que le projet tient toutes ses promesses.

Si l’album réunit autour d’un univers toujours centré sur le deal de cocaïne, un casting riche et varié de producteurs (Kanye West et la motherfucking « clique » de son label en tête, Puff Daddy, Q-Tip, J.Cole, Timbaland, Hudson Mohawke, The-Dream, Boi-1da, Metro Boomin), il évite cependant soigneusement l’écueil du carnaval indiscipliné de titres. A la différence du dernier opus de Kanye, The Life Of Pablo, lequel n’avait à cet égard que peu convaincu, Darkest Before Dawn fait en effet preuve d’une cohérence esthétique indiscutable. Plongée vertigineuse dans les travées psychologiques de la vie de gangster.

D’entrée de jeu, Pusha T s’érige en super-héros du deal qu’il incarnera tout au long de l’album ; sorte de Dieu seul détenteur d’un produit ultimement pur, implacable, propre à faire vaciller tout notre univers dès la première prise (« As a God amongst men / Rinsed drug money, I done paid for my sins / Books and the lawyers, I done paid for my friends / Still held back, I done paid with my skin / The only thing missing is a cape on me / You niggas wanna tag a late, great on me / Put the fears in my peers, heard my footsteps coming from the rear / Now it’s murder was the case homie »). La couleur est d’ailleurs annoncée dès les toutes premières paroles de l’intro: l’album sera blanc, du début à la fin, sans répit possible. Blanc pur, blanc poudre. Un long-courrier à travers de fortes turbulences, effectué d’un trait, sans escale, angoissant sur toute la ligne. Sans un seul instant laissé à la conscience pour s’aviser d’une éventuelle rédemption ou même d’un simple retour sur soi. « Leave your conscience at the door / We done hid the monsters in the floor / I speak to the trap lords and niggas with their hands in the white like blackboards », s’élance ainsi Push sur une production de Metro Boomin et Puff Daddy, laquelle fait clairement écho au son Coke Wave cher à Max B et French Montana. Nous voilà prévenus. Autant préparer d’emblée les pailles pour affronter la suite (car King Push prêche toujours un peu pour sa paroisse).

 Intouchable ?

Avec « Untouchable », Timbaland achève d’enclaver au sein de l’album un climat d’anxiété suffocante qui ne le quittera plus. Communion pénétrante entre un sample de Notorious B.I.G. et une boucle minimaliste qui vient l’habiller dans des tons lugubres, le single constitue un double hommage rendu à ce dernier, que Pusha T considère d’ailleurs en interview comme « the greatest rapper who’s ever lived ». L’hommage réside en effet autant dans l’utilisation d’un sample du morceau « Think B.I.G. » en guise de refrain que dans les premières paroles du titre qui, associées à ce sample, saluent indirectement la qualité des lyrics de Biggie. Le vétéran des Clipse y livre un ego trip net et sans bavures, acide, lapidaire, toujours aussi immédiatement efficace et qui a pour ambition manifeste de le positionner, à l’instar de son idole, dans les sommets du rap game. Après avoir aligné sur le peloton d’exécution l’ensemble de ses confrères – très nombreux ces temps-ci – qui s’obstinent à l’omniprésence en multipliant les projets creux uniquement pour occuper le terrain ( « I drops every blue moon / To separate myself from you kings of the YouTube / I am more U2, I am like Bono with the Edge »), il réaffirme sa détermination sans faille à prendre toute sa place dans le haut du tableau, corollaire de son mépris affiché pour les MCs qui n’ont ni le courage, ni la verve, ni le “juice” nécessaires pour en faire autant  (« I’m aiming for the moguls / Why y’all niggas aiming at the locals ? And rap niggas broke like them, they’re mere hopeful / Still wishing on a star… »).

Portée par une trame ondulatoire – thrène lancinant d’un synthé lourdement perfusé à la codéine –, cette deuxième piste propose une identité sonore particulière qui se distingue assez nettement des sirènes de la trap d’Atlanta, plus perçantes et plus corrosives. L’arrangement rôde autour de la voix du rappeur ainsi qu’un couteau à cran d’arrêt pressé contre sa carotide du début à la fin du titre. Comme pour rappeler qu’en dépit de l’invulnérabilité triomphante dont il se targue, le spectre de la surveillance policière de ses activités n’est jamais très loin (« They tryna’ pin this trafficking on me like Mano and Tony / My thoughts spilling over / The soft ceiling’s open, I Cross-Fit the coca / Yuugh! It’s a different calisthenics when I do the Lennox… »). En ce sens, « Untouchable » apparaît tant dans la forme que sur le fond comme la mise en scène oppressante d’un jeu du chat et de la souris à hauts risques, où le couperet fédéral balance inlassablement au-dessus des têtes des pourvoyeurs de poudre tapis dans l’ombre et où il menace constamment de faucher les impudents qui oseraient voler trop près du soleil.

 Les liasses ou la lumière

« M.F.T.R. » (acronyme de « More Famous Than Rich ») prolonge la métaphore de son statut de déité juchée sur son trône d’ivoire, filée tout au long de l’album (« Would you question could I swim if you saw me walking on water? / Yeah, while every song got a rapper dance / Yuugh, I’m drug money like Dapper Dan / No retirement plans, no Derek Jeters / We all know I did it; Rodriguez »). A la suite de cette première invective en forme de balle perdue (que les périls de l’industrie ont le plus récemment logé dans la tête de Bobby Shmurda), ce morceau pose avec acidité la question de l’importance qu’un MC doit accorder à l’argent, à la célébrité ou encore au respect de ses pairs dans le cadre de sa carrière. Devenu classique dans la tumultueuse industrie actuelle du hip-hop, le thème de l’arbitrage individuel entre ces trois réalités inhérentes à l’office suscite de la part du rappeur de Norfolk une rafale de critiques acerbes à l’égard de certains de ses confrères. Car lui a depuis bien longtemps choisi son camp : c’est l’argent qui occupe le pinacle de la pyramide, qui tient lieu de valeur suprême de cette Sainte-Trinité. Loin devant la célébrité à laquelle nombre d’autres rappeurs sont bien plus attachés. Décidé à tirer un trait sur les illusions, Pusha T s’inscrit donc ici en pourfendeur des faux-semblants et contre-vérités trop souvent véhiculés par la culture hip-hop. En somme, il instruit le procès du “fake lifestyle” que certains rappeurs prétendent avoir pour faire rêver leurs fans et plus généralement, celui des errements d’une industrie gangrénée par le culte des apparences.

Sur une production de Boi-1da et Frank Dukes, laquelle met à l’honneur The-Dream aux commandes d’un refrain mêlant gros calibre et révélation mystique douteuse (« Go and make it bang, go and make it bang / Gettin’ followed by them hollows, go and make it bang / Niggas ain’t been to church in a minute / But it’s funny how that TEC make a nigga get religious / Amen ! »), Push s’emploie ainsi à dissiper les brumes déformantes de la gloire et nous invite à crever le miroir des impostures, à filtrer l’éclat trompeur de cette mystique de l’argent instrumentée par certains de ses alter-egos les plus reconnus (50 cent en tête) via les médias et les réseaux sociaux (« The illusion of money we don’t believe in… I’m Kim Jong of the crack song / Gil Scott-Heron to the black poem / Woo, the revolution will be televised / ‘Cause we done seen it all and they telling lies »).

Pour le moins litigieuse, la situation financière de 50 cent (actuellement dans les liens d’une procédure de surendettement dont le mérite demeure incertain) ne pouvait sans doute être épargnée sur ce morceau. Tant elle a été documentée dernièrement, à grands renforts de billets verts par l’intéressé sur Instagram d’une part, et aussi contradictoirement que possible par son avocat devant les tribunaux du Connecticut d’autre part. (On imagine d’ailleurs l’accablement de ce dernier devant la frénésie photographique de son client). En effet, l’homme sombre des Clipse emprunte encore à Biggie pour dénoncer à mots à peine voilés la confusion savamment entretenue par Curtis Jackson autour de sa fortune. Que les millions du rappeur du Queens sommeillent dans la quiétude ensoleillée d’un paradis fiscal ou non, hors de question pour l’auteur de Wrath of Caïne de se démettre de ses opérations illicites à raison de son succès en tant qu’artiste et de se résoudre au même sort que Fif: plutôt finir en taule que d’abdiquer sa couronne d’or blanc (« Niggas talking it, but ain’t living it / Two years later admitting it, all them niggas is renting shit / They ask why I’m still talking dope, why not? / The biggest rappers in the game broke, voilà ! »).

Au regard de l’ensemble du morceau, saturé de paroles à double sens qui forment à l’arrivée un véritable double langage, on peut enfin se demander si son titre même ne procède pas lui aussi d’une certaine ironie à l’adresse de ceux qui bâtissent leur succès davantage sur leur apparence et sur le mirage de leurs ostentations que sur l’intérêt (limité) de leur travail. « M.F.T.R »  vise peut-être aussi, outre la fausse richesse fièrement arborée par certains rappeurs, l’indigence de leurs textes et de leur musique.

Screen Cred

A une époque où les biopics consacrés aux rappeurs ont de nouveau le vent en poupe, boostés par le succès fulgurant dès sa sortie américaine de « Straight Outta Compton », et alors que vient tout juste d’être dévoilé le trailer de « All Eyez On Me », long-métrage dédié à la vie de Tupac, il n’est pas surprenant d’observer le retour en grâce du 7ème art comme source d’inspiration importante chez certains artistes. A l’instar de Kendrick Lamar sur K-Dot Training Day ou Good Kid, M.A.A.D City, Pusha T dépoussière les succès du courant blaxploitation apparu aux Etats-Unis au début des années 1970. L’album est innervé de références cinématographiques ainsi qu’à des séries, évoquant les protagonistes les plus marquants de films comme « Murder was the case », « Paid in Full », « Scarface », « New Jack City », « Menace II Society » ou encore, plus près de nous, les séries « The Wire » et « Narcos ». A la faveur de celles-ci, Pusha T façonne autant l’instabilité psychologique que la dimension menaçante de son personnage, traits majeurs d’une street cred à toute épreuve qu’on aurait sans doute tort de vouloir lui contester. Souvent pour s’y comparer, il revisite ainsi les grandes heures de ces barons de la drogue fictifs ou réels que sont Rich Porter, Tony Montana, Nino Brown, O-Dog et Pablo Escobar. De même que tous sont emblématiques d’une défiance absolue à l’égard des autorités, tous sont pareillement entraînés dans une spirale de violence qui, à force des monceaux de cadavres charriés derrière eux, finit invariablement par leur aliéner tôt ou tard toute forme de raison.

Ecouter l’album

Tracklist:

1. “Intro”
2. “Untouchable”
3. “M.F.T.R.” (Feat. The-Dream)
4. “Crutches, Crosses, Caskets” (prod. by Diddy)
5. “M.P.A.” (Feat. Kanye West, A$AP Rocky & The-Dream) (prod. by J. Cole)
6. “Got Em Covered” (Feat. Ab-Liva)
7. “Keep Dealing” (Feat. Beanie Sigel)
8. “Retribution” (Feat. Kehlani)
9. “F.I.F.A.”
10. “Sunshine” (Feat. Jill Scott)

Migos – « C U L T U R E » et dépendance – T-Shirt

A quelques jours de la sortie de C U L T U R E, retour sur les trois premiers extraits clippés.

Quality Control Music

Après avoir lâché « Call Casting » et « Bad and Boujee », extraits de leur deuxième album studio,  C U L T U R E, qui sortira le 27 Janvier prochain, Migos vient de soulager encore un peu plus notre impatience en dévoilant dans la dernière ligne droite le titre « T-Shirt ».

La bombe « Bad and Boujee » feat. Lil Uzi Vert avait déjà fait grand bruit en s’offrant la seconde place du prestigieux Billboard Hot 100 et en cumulant la bagatelle de 125 millions de vues sur youtube à peine trois mois après sa sortie.

Alors que les échos de la déflagration continuent de truster ces dernières semaines le top des charts outre-Atlantique, les Migos font ici redescendre la température en-dessous de zéro et nous emmènent en virée à bord de leur trépidant traîneau trap.

Point de visions chaotiques évoquant les confins d’ATL, ni la rue, ni le strip club. Alors qu’ils sont aujourd’hui à leur pic de popularité, on retrouve Takeoff, Quavo et Offset en pleine forêt enneigée, vêtus de peaux d’ours comme des Esquimaux, au sommet d’une montagne qu’ils achèvent tout juste de gravir lorsque le clip commence et qui semble bien être celle du rap game. Comme un mauvais présage duquel on ne réchappe pas ou une addiction qui vous poursuit toute la vie, le manteau blanc s’étend à perte de vue partout autour d’eux, embrassant tout l’horizon. Dans une allégorie résumant la carrière du trio, la neige est à la fois au commencement, le chemin et la destination. Au commencement, du fait d’une longue expérience commune dans les trap houses de Nawf Atlanta, comme le rappelle Offset sur le hook de « Bad and Boujee » ( « We came from nothin’ to somethin’ nigga »). Le chemin, parce que les souvenirs de cette jeunesse passée à servir le iencli et à éviter les balles innervent toute leur musique, et parce que leur manière si particulière de les raconter les a propulsé tout en haut de la chaîne alimentaire ( « Young nigga poppin’, with a pocket full of cottage (ay) / Woah, kemosabe, chopper aimin’ at your noggin (ay) » sur « T-shirt » ; « I don’t trust nobody grip the trigger… / We got 30’s and 100 rounds too » sur « Bad and Boujee »). La destination, enfin, car après avoir jailli aussi furieusement dans l’arène (t)rap, le trio compte bien ne pas en rester là.

Il était donc logique que la mise en scène, entre « Winter Sleep », « The Revenant » et « Les 8 Salopards », conserve à la neige toute sa valeur symbolique chère aux rappeurs d’Atlanta, laquelle est subtilement appuyée par le slang sur la dope et les bruits de rafales. On pourrait d’ailleurs y voir un clin d’oeil à la mixtape Alaska In Atlanta d’ OJ Da Juiceman. Car malgré la tranquillité apparente du lieu, l’univers violent et impitoyable de Migos reste bien présent, et la livraison pourrait mal tourner…

La montée des périls est en marche, portée par les flows toujours impeccables de nos 3 cyborgs infailliblement programmés pour rapper ensemble. A l’image des neiges éternelles, la funeste danse des sachets de poudre et des liasses de billets qui s’échangent dans la paume du ghetto semble ainsi ne jamais devoir prendre fin.

Au regard de la méthode de travail de Migos, laquelle consiste à multiplier les morceaux dans l’optique de placer ici et là quelques hits, souvent au détriment de la qualité, on ne peut qu’espérer que  C U L T U R E soit à la hauteur de la promesse formée par ces trois extraits et soit animé, dans son ensemble, du même panache. Si le projet parvient à tenir la distance, le trio est assuré de faire encore longtemps la neige et le beau temps dans le ciel floconneux d’ATL.

 

Date de sortie : 27 Janvier 2017 // Label : Quality Control Music

Tracklist – C U L T U R E :

1. Culture (Feat. DJ Khaled)
2. T-Shirt
3. Call Casting
4. Bad and Boujee (Feat. Lil Uzi Vert)
5. Get Right Witcha                                                                                                  6. Slippery (Feat. Gucci Mane)
7. Big on Big
8. What the Price
9. Brown Paper Bag
10. Deadz (Feat. 2 Chainz)
11. All Ass
12. Kelly Price (Feat. Travis Scott)
13. Out Yo Way

 

A J-4 avant Agartha, retour sur la Megadose Vald – [reaphit.com]

A quelques jours de la sortie du très adroitement teasé Agartha, retour sur les deux premiers extraits clippés.

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De retour après le succès critique et public de son EP NQNT 2, Vald dévoilait il y a quelques semaines « Eurotrap », extrait de son premier album studio Agartha qui sortira le 27 Janvier prochain, dont le clip avait été tourné sur fond vert afin de permettre aux internautes d’y incruster ce qu’ils voulaient et d’en proposer ainsi leur propre version.

Le rappeur d’Aulnay-sous-bois (93) nous en livre un second extrait, moins bouncy mais tout aussi trap, et sans doute meilleur encore :           « Megadose » produit par Seezy, à l’occasion duquel il invite à sa table les frelons Suikon Blaze AD, Dj Weedim (tous deux présents sur le projet), Biffty, Julius et Keukeu pour une gargantuesque orgie de junk food façon La Grande Bouffe. La réalisation du clip est signée Kub Cristo.

Toujours aussi désabusé, Vald pique au vif par le constat glacial qu’il nous invite à dresser avec lui sur l’état du monde (« Avant qu’explose la Terre, la stratégie j’expose… »).

La suite sur ReapHit.com.

 

Vald sera à l’Olympia de Paris le 17 Mars prochain et en tournée dans toute la France à partir de début Mars.

Tracklist – Agartha :

01 : Acacia
02 : Mégadose
03 : Si j’arrêtais
04 : Je t’aime
05 : Totem
06 : L.D.S
07 : Ma meilleure amie
08 : Neo
09 : Lezarman
10 : Blanc (feat. Suik’on Blaz AD)
11 : Eurotrap
12 : Petite chatte
13 : Vitrine (feat. Damso)
14 : Strip
15 : Kid Cudi
16 : Libellule
17 : Dernier verre

Westside Gunn- Flygod

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Originaire de Buffalo dans l’état de New-York, à 600 bornes environ de NY City, et aujourd’hui délocalisé à Atlanta, en Géorgie, Alvin Worthy, alias Westside Gunn, est davantage un rappeur charismatique qu’un grand technicien. On l’aime généralement pour ses gimmicks scélérates, pour la tonalité dystopique de ses textes ainsi que pour ses sonorités froides, en somme pour sa personnalité d’écorché vif. Correspondance singulière entre le fond et la forme, particulièrement marquée sur ce dernier opus : son flow traîne sur les instrus à l’instar du gamin des rues qu’il était jadis, lorsqu’il s’évertuait encore à y trouver les moyens de sa propre survie tout en caressant le rêve lointain d’une prestigieuse carrière de rappeur pour enfin sortir du dénuement.

Celui qui a été élevé par The Worst City On Earth, bien plus en tout cas que par ses parents, a le mérite d’être resté fidèle à ses racines et donc à une certaine idée de son art. « My style is real classic, gutter, New York boom bap feel », déclarait-il ainsi à Nahright en 2015. Ce qui est certain, c’est qu’après avoir passé 4 ans à peaufiner le dosage de sa potion magique sur la série de mixtapes Hitler Wears Hermes (1,2, 3 et 4comme sur les EP Roses Are Red… So Is Blood (produit par The Purist), Griselda Ghost, Don’t Get Scared Now (avec le concours toujours remarquable du frangin Conway) et There’s God And There’s Flygod, Praise Both, il est devenu à 33 ans l’une des figures incontournables du rap « d’inspiration new-yorkaise ». Il était donc grand temps pour lui de se lancer dans l’aventure du premier album.

Sur Flygod, le rappeur de Buffalo nous emmène en croisière dans la paume du ghetto, où la ronde sans fin des sachets de poudre et des liasses de billets imite dans une glaçante symétrie celle des gyrophares qui en sillonnent les artères. L’équipage réuni pour l’occasion fait la force de l’album. Il se compose à la fois de vieux corsaires voguant depuis bien longtemps sur les eaux troubles du rap game (Roc Marciano, Action Bronson, Apollo Brown, Danny Brown, Chase, Q-Bert, Alchemist, Statik Selektah, Skyzoo) et de jeunes matelots moins expérimentés mais tout aussi talentueux (Meyhem Lauren, Camouflage Monk, Your Old Droog et bien d’autres). En compagnie de notre capitaine et de la tronche en biais du frangin Conway, son commandant de bord de toujours, on remonte la côte Est de Miami jusqu’à la frontière canadienne, en passant par Baltimore et Fairfax. Un pèlerinage interminable à travers la jungle urbaine, toute aussi violente et peut-être même plus cruelle encore. Une jungle qui ne s’interdit rien et a depuis longtemps brouillé les frontières entre le simple racket d’opportunité, le braquage à main armée et le meurtre prémédité en bande organisée.

Conway lui-même en a fait les âpres frais en 2012 : alors qu’il est au volant de sa voiture, il réchappe de justesse d’une fusillade qui laissera néanmoins le côté droit de son visage gourmé à vie à raison d’une hémiplégie faciale. WSG en a lui aussi connu la crasse et la dureté, à travers la proximité des gangs, les règlements de comptes, la confrontation avec les forces de l’ordre et les murs d’une cellule entre lesquels il aurait pu finir ses jours s’il n’en avait, comme son frère, réchappé in extremis. En décidant de se reprendre en main, à la suite du décès brutal d’un proche…

C’est ce retour à l’état de nature sans concession, qui décime sa ville, que nous raconte l’album. Notre itinéraire s’annonce donc pour le moins risqué. Mais le plan de navigation est fixé et il n’est pas question d’en dévier. Avant que le vaisseau ne lève l’ancre et ne s’engouffre inexorablement dans les interstices du ghetto, enfilez donc dès à présent votre gilet pare-balles car ici (comme ailleurs), votre gilet de sauvetage classique ne sera d’aucun secours.

Sur les nappes éthérées et lancinantes de Tommy Daringer, beatmaker maison de Griselda Records et principal producteur de l’album, WSG nous plonge dans une ambiance de coupe-gorge et survole en images souvent poignantes les basses besognes de cet organigramme ombrageux. Il se pose en témoin privilégié d’une véritable nébuleuse d’activités clandestines, dont il donne à voir tous les échelons et tous les vices, du corner boy en mal de fortune au druglord réputé intouchable tôt ou tard rattrapé à son tour par une réalité bien différente (« Free Chapo »). « Fly Street Shit », comme il le résume lui-même. A cet égard, son écriture plutôt métaphorique, son style de « survol » caractérisé par des ellipses fréquentes et des évocations qui, pour être décousues, n’en sont pas moins gorgées de détails, accentuent encore la cohérence du titre du projet.

A mesure qu’on aborde aux silhouettes enténébrées peuplant les rues, d’où suintent comme d’une plaie infectée tous les périls de ce monde interlope, on pénètre le nuage névrotique de l’enfant des banlieues malfamées de Buffalo. La drogue, l’argent, les flics et donc, fatalement, les balles qui virevoltent partout telles des moustiques de plomb en Amazonie urbaine. Omniprésent dans la conscience du rappeur, leur bourdonnement sordide ne quittera d’ailleurs pas un instant les tranchées d’un album de guerre aux paroles rudes et à l’ambiance résolument martiale. Comme un clin d’œil à son blaze, WSG a remplacé les drums par le fracas des rafales sur plusieurs morceaux (« Dunks », « Shower Shoe Lords », « Hall », « Free Chapo », « Chine Gun »). Meilleur exemple de ces instrus sans percussions : le titre  « Dudley Boyz », signé Alchemist, sur lequel les chœurs de violons associés aux bars d’Action Bronson transportent au beau milieu d’un ring de catch flottant en apesanteur.

La plupart des productions, lentes, minimalistes et sombres, installent une atmosphère menaçante qui fait écho à des artistes de la Big Apple tels Mobb Deep ou Roc Marciano. Après la collaboration entre Prodigy et Conway sur le mini EP Hell Still On Earth  (dont le titre rend hommage au troisième album de Mobb Deep), il n’est donc pas surprenant de retrouver ici Roc Marciano, à la production de « Hall » et au micro pour une prestation de haut vol sur l’excellent « Omar’s coming ». Dans une tentative franchement réussie de réconcilier la rue avec le boom-bap new-yorkais classique, conformément aux ambitions affichées du label, cette référence au personnage mythique de la série The Wire vient compléter le cursus en gangsterologie proposé par WSG, aux côtés d’El Chapo, Scarface ou Don Corleone pour ne citer qu’eux. Les instrus accompagnent à la perfection la voix juvénile de notre écorché vif, laquelle n’est jamais autant sublimée que par le contraste avec le style démesurément brut de Conway. Cet équilibre subtil entre les deux hommes est assurément l’une des forces vives de Griselda, et fait d’eux l’un des duos les plus intéressants du rap US ces dernières années.

Le projet fait également la part belle au chant des sirènes, autant celles du triangle des Bermudes (intro de « Shower Shoe Lords », « Hall », « Mr. T ») que celles des patrouilles de police qui quadrillent les quartiers déshérités de la ville. Saluons par ailleurs les précieux scratchs de Q-Bert sur « King City », les saxos langoureux de « Chine Gun », la présence de Meyhem Lauren, étoile montante et pote d’Action Bronson qui s’illustre avec panache sur « Over Gold », celles de Statik Selektah et de l’impeccable Skyzoo sur « 50 Inch Zenith », sans oublier enfin la prestation d’Apollo Brown, caution soul du rap game qui nous propose comme souvent la prod la plus chaleureuse du projet avec le brillant « Mr. T ».

Au total, Flygod est un premier album original et authentique qui transpire autant la personnalité de WSG que l’anxiété, la crasse et le sang qui sont la loi des ghettos durs. Loin de se fondre dans une scène de l’underground new-yorkais qui a dernièrement la fâcheuse tendance à multiplier les clônes, le rappeur de Buffalo prend ici un départ prometteur en livrant un véritable must-have du downtempo sombre et glacial.

En un mot comme en cent, Flygod figure incontestablement parmi les 10 meilleurs albums de 2016.

Date de sortie : 11 mars 2016 // Label : Griselda Records

Ecouter l’album

Tracklist :

  1. Dunks (feat. Conway) (Prod. Daringer)
  2. Gustavo (feat. Keisha Plum) (Prod. Daringer)
  3. Shower Shoe Lords (feat. Benny) (Prod. Daringer)
  4. Vivian at the Art Basel (feat. Your Old Droog, prod. Camoflauge Monk)
  5. Hall (prod. Roc Marciano)
  6. Free Chapo (feat. Conway) (Prod. Daringer)
  7. Over Gold (feat. Meyhem Lauren) (Prod. Daringer)
  8. Bodies on Fairfax (feat. Danny Brown) (Prod. Daringer)
  9. Chine Gun (Prod. Daringer)
  10. King City (feat. Mach Hommy & DJ Qbert, prod Tha God Fahim)
  11. Omar’s Coming (feat. Roc Marciano & Conway) (Prod. Daringer)
  12. Mr. T (prod. Apollo Brown)
  13. 50 in. Zenith (feat. Skyzoo, prod. Statik Stelektah)
  14. Sly Green Skit (Prod. Daringer)
  15. 55 & a Half (Prod. Daringer)
  16. Albright Knox (feat. Chase) (Prod. Daringer)
  17. Dudley Boyz (feat. Action Bronson, prod. The Alchemist)
  18. Outro (feat. Bro A.A. Rashid, prod. Camouflage Monk)

Gucci Mane – Everybody looking

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Gucci Mane, la pieuvre des Atlantes

Atlanta, 26 Mai 2016. Après 3 ans passés derrière les barreaux pour détention d’armes à feu et de stupéfiants, Radric Davis, alias Gucci Mane, sort de prison. Arrêté à plus de 10 occasions depuis 2005 et déjà incarcéré à plusieurs reprises depuis 2010 pour possession de cocaïne ou pour l’attaque à main armée d’un club de sa ville, celui qu’on désigne volontiers comme le Boosie local en raison du rythme effréné de ses projets comme de ses allers-retours au trou a cette fois la ferme intention de s’en tenir à la musique et de ne pas retomber dans ses travers. « I’m not tryna’ go back », selon les propres mots de l’intéressé. Et depuis sa sortie, on ne peut que se réjouir de constater que Mr. Zone 6 a pris son engagement très au sérieux. Si sa condamnation ne l’avait pas empêché de sortir quelques mixtapes de bonne facture ici et là durant son séjour à l’ombre, comme le triptyque Breakfast / Lunch / Dinner, sa production exponentielle depuis son retour aux affaires déploie ses tentacules dans tous les studios de la région et bien au-delà. Des collaborations variées et souvent réussies que Guwop enfile comme des perles avec ses fils spirituels (Young Thug, Migos, Future…) et autres Common, Pusha T, Rick Ross, 2 Chainz pour ne citer qu’eux. Profitant de la tranquillité et de la sobriété imposée des profondeurs, la pieuvre des Atlantes n’a pas cessé d’écrire tout au long de sa détention, la faim et la gagne au ventre, comme en témoignent les lyrics griffonnées partout sur les murs de sa cellule. L’ensemble des textes d’ Everybody looking, sorti sur Atlantic Records le 22 Juillet dernier, a ainsi été écrit derrière les barreaux. Il paraît même que Guwop n’aurait passé qu’un très court moment à la pool party organisée pour célébrer sa libération, préférant filer directement en studio pour enregistrer l’album. Ce qui fut fait en seulement 6 jours.

Pawlice !

A l’arrivée, ce projet très attendu qui devait marquer le grand retour du Trap God à la liberté est largement à la hauteur des attentes qu’on pouvait en avoir. Résultat d’une introspection longue de 3 années menée en milieu carcéral : Guwop déteste toujours autant les flics (si ce n’est plus) et enfonce le clou de son hostilité en travers de leur gorge dès la première track, « No Sleep » : « I can’t even sleep I got so much to say / Fuck the feds, fuck the police, fuck the DEA / I can’t even sleep I got so much to say / Ex-drug dealer, used to sell a brick a day ». Cet esprit frondeur qui tient lieu de leitmotiv à l’ensemble de l’album se retrouve notamment sur « 1st Day Out Tha Feds », premier titre enregistré chez lui après sa libération sur lequel il diapre le corps policier d’un énième œil au burr noir. Celui-ci apparaît comme la suite logique de « 1st Day Out » qui avait marqué sa première sortie de prison sur l’album Writing On Da Wall en 2008.

 

 

Au demeurant, l’incarcération aura cette fois été l’occasion d’un bilan et d’une désintoxication forcée dont témoigne son impressionnante perte de poids  : c’est la tête sur les épaules, mûri, que Gucci sort de taule, et si sa musique baigne toujours dans une atmosphère de trap house, le projet prend également sur certains morceaux des airs de journal intime. Gucci alterne ainsi avec brio entre pur ego trip et lyrics plus profondes et personnelles, se confiant par exemple sur ses regrets ou sur l’épreuve de la désintoxication, expliquant que la prison lui a permis de se libérer de ses démons comme de son addiction à la drogue mais également de se refaire une santé.

 

Insane in the Mane Brain

Mais ne nous y trompons pas. Si Gucci est à présent sevré, les flux traversant Spaghetti Junction – le serpent de dope qui alimente la région – n’ont pas oublié de ravager sur leur passage l’esprit de son rappeur icône. Sur la plupart des morceaux de ce 5ème album en major, celui-ci reste bien le dealer glacial des rues d’Atlanta qui refourgue de la poudreuse à tour de bras, le hustler ultime et stupéfiant qui a su au fil des années étendre son territoire pour finalement conquérir jusqu’à nos oreilles au moyen d’une trap vertueusement coupée. Ainsi, Guwop met les voiles depuis sa geôle de la périphérie pour rejoindre la ville au volant d’un poids lourd toujours chargé à bloc, en compagnie de ses producteurs historiques Zaytoven et Mike WiLL Made It qui se révèlent une fois encore être de parfaits copilotes. Cinq ans après Return of Mr Zone 6, on retrouve des productions denses qui installent une atmosphère toute à la fois brute et teintée de mélancolie, sur lesquelles Gucci rappe avec gourmandise, évitant de réitérer l’erreur commise sur The State vs. Radric Davis (2009) ou The Appeal: Georgia’s Most Wanted (2010) de mêler son rap très cru à du R’n’B de midinette.

 

Veni, Vidi, Gucci

Le projet compte 3 featurings avec 3 des rappeurs les plus influents du moment : Young Thug entonne sur « Guwop Home » les louanges du père spirituel qui a contribué à son ascension (comme à celles de Waka Flocka Flame ou Young Scooter dont il a également lancé les carrières), Kanye West l’accompagne sur la délicieusement oppressante « Pussy Print » et Drake apparaît au refrain de l’entraînant « Back On Road ». Le choix d’avoir minimisé les featurings mérite d’être salué à la fois parce qu’il marque la rupture avec le format mixtape, parce que ces 3 morceaux sont bons et parce que, stratégiquement et symboliquement, il permet au chef de file de 1017 Records de rappeler son rang de légende aussi bien à ses fans qu’à ses pairs. Car il est au moins autant respecté pour ses qualités de rappeur qu’en tant que découvreur de talents, comme il le rappelle subtilement sur « All My Children » : « I can take a dope boy and make him go platinum ».

 

 

Au total, Everybody looking nous semble pouvoir être qualifié de versant trap d’All Eyez On Me de Tupac, rien de moins, tant il constitue au même titre un classique instantané du genre auquel il appartient. Pour ce qui nous concerne, on souhaite à la pieuvre fraîchement sortie de l’aquarium et revenue à son élément naturel de poursuivre avec la même intelligibilité la reconquête de son statut de léviathan du rap game. Et de s’ébattre encore longtemps dans des lagunes de lean. Par la musique, bien évidemment.

 

 

Et puisque c’est bientôt les fêtes, on vous offre en bonus une petite comptine de Noël burrprintée à souhait :

Ecouter l’album

Date de sortie : 22 Juillet 2016 // Label : Atlantic Records

Tracklist :

1. No Sleep (Intro)
2. Out Do Ya
3. Back On Road
4. Waybach
5. Pussy Print (feat. Kanye West)
6. Pop Music
7. Guwop Home (feat. Young Thug)
8. Gucci Please
9. Robbed
10. Richest Nigga In The Room
11. 1st Day Out Tha Feds
12. At Least a M
13. All My Children
14. Pick Up The Pieces (Outro)

Interview – Haïm – Black Cïrcus

 

Haïm est né à Paris. Il a longtemps habité à Orly avant de s’installer à Créteil où il vit depuis quelques années. Il a commencé à écrire ses premiers textes de rap autour de l’âge de 17 ans et a toujours eu envie de s’engager dans une carrière musicale à part entière. Néanmoins, ce n’est que bien plus tard qu’il a pris la décision de franchir le pas. Nous avons rencontré celui qui se définit lui-même comme « le premier juif du rap français » pour évoquer avec lui la sortie l’année dernière de son premier album, Black Cïrcus, ses influences aussi bien dans le rap game qu’en dehors, ses projets pour l’avenir mais également le sujet trop souvent tabou de l’antisémitisme qui sévit de manière insidieuse dans le milieu.

Entretien sans langue de bois avec celui qui, à 37 ans et fort d’un solide premier opus, a la ferme intention de surmonter toutes les embûches pour conquérir le trône du rap hexagonal.

 

 

Grapes Of Rap vous donne le choix entre le podcast audio à écouter ici…

… ou la version à lire ci-dessous.

 

Grapes Of Rap : Bonjour Haïm et merci d’avoir accepté l’invitation. Tout d’abord, quels sont les premiers rappeurs que tu as écoutés dans ta jeunesse et qui t’ont donné envie de rapper ?

Haïm Otakey : J’ai commencé à écouter du rap à 15 ou 16 ans. Les premiers, c’a été Secteur A et Booba.

G : Comment es-tu venu au rap toi-même par la suite ? C’est une envie que tu as eue dès que tu as commencé à écouter du rap ?

H : En fait, j’ai toujours écrit. J’écris depuis l’âge de 17 ans et à force d’écrire, j’ai fini par avoir envie de me lancer.

G : Quels sont les artistes que tu écoutes le plus actuellement en rap FR ? Et en rap US ?

H : J’écoute très peu de rap US. Ce qui m’intéresse, ce sont les lyrics donc j’écoute toujours beaucoup Booba, qui de ce point de vue reste pour moi indétrônable. Il y a aussi Lino d’Arsenik et Seth Gueko. Je reste essentiellement sur ces trois-là mais sinon je n’écoute pas beaucoup de rap FR non plus. J’en écoute même de moins en moins. Un petit peu de temps en temps pour me faire une idée mais il faut que ca reste du loisir, et non pas que ca devienne du fanatisme.

G : Ecoutes-tu également du rap israélien ?

H : Pas du tout.

G : J’imagine donc que ce sont ceux que tu as cité (Lino, Seth Gueko, Booba) qui influencent le plus ta musique et ce que tu fais actuellement ?

H : Entre autres oui mais j’ai également de nombreuses influences en dehors du rap. Par exemple Aznavour, Renaud, Brassens ou Jacques Brel. Je puise également dans la variété française. Pour moi, ce sont des MCs aussi. Au niveau des mots, ca reste de la haute voltige donc je m’inscris plus dans cette tendance-là.

 

 

G : J’ai remarqué que le seul son qui figure sur ta chaîne youtube et qui n’est pas de toi, c’est le morceau « 3G » de Booba. Est-ce qu’il y a une raison particulière à cela ?

H : Ce n’est pas que je ne partage pas mais Booba est aujourd’hui mondialement connu et ce n’est pas une page de fan. Ca reste une page personnelle, très « ego » et centrée sur moi. Le morceau « 3G », c’est parce qu’il est sorti au moment où j’ai commencé à me mettre sur Facebook. Donc je l’ai partagé.

G : Tu te définis comme « le premier juif du rap français » et l’antisémitisme est un thème très présent dans ta musique, notamment sur le titre « Maguène » où tu dénonces le fait qu’il y a « trop d’antisémites dans ce rap game ». Penses-tu qu’il y a un réel problème d’antisémitisme dans le rap game en France actuellement ?

H : Déjà, en France, en dehors du rap il est clair qu’il y en a un. Et dans le rap, c’est très tabou. Pour avoir fait le tour de pas mal de mecs qui postent beaucoup de choses sur internet, notamment des rappeurs connus, on sent que dans leurs publications comme dans leurs paroles, il y a des allusions à ça. Dans l’état actuel des choses, quand on aborde les radios où que ce soit, ça reste fermé. Même très, très fermé. Dans mes paroles, j’attaque aussi ce système-là. Le rap est anti-juif, et même s’il n’y a pas que ça, il y a tout de même 80% de ça. C’est-à-dire que quand on se présente à la radio où quoi que ce soit, ils ne vous laissent pas passer. Et le jour où j’accède à la « célébrité », on verra bien si comme le prétendent certains, cette industrie est contrôlée par les juifs.

G : Tu as donc déjà eu des expériences où tu as essayé de passer sur les ondes et où l’on t’en a empêché, parce que tu es juif ?

H : Oui et ca ne passe pas. Sans faire de la paranoïa mais je crois bien que c’est pour cette raison. C’est en tout cas le sentiment que j’ai eu.

 

 

G : Venons-en à ta musique proprement dite. Pourquoi avoir choisi d’appeler ton premier album Black Cïrcus ?

H : C’est une métaphore. Il y a un petit peu de tout dans un cirque : plusieurs pistes, plusieurs numéros, on peut être à la fois jongleur, clown triste, clown qui fait rire, il y a des animaux, donc c’est un peu la vie. Et puis « black », eh bien parce que ca ne dure jamais longtemps.

G : Est-ce que tu réalises toi-même tes prods ou est-ce que tu travailles avec des beatmakers ?

H : Je travaille avec un beatmaker qui est en Guyane. C’est lui qui a produit tout l’album sauf le premier morceau.

G : Que penses-tu des « type beats » qu’on trouve aujourd’hui un peu partout sur internet et qui permettent aux rappeurs de se confronter avec beaucoup plus de facilité qu’auparavant à différents types d’instrus ?

H : Internet, c’est comme tout. Ca a permis de faire avancer beaucoup de choses comme ca a aussi fait régresser beaucoup de choses. Concernant les type beats, je pense que c’est plutôt une bonne chose. Si ca donne de l’inspiration aux jeunes, si ca leur donne l’envie d’écrire et de se plonger dans quelque chose de positif, c’est toujours bien.

G : Sur la plupart de tes morceaux, on peut entendre des beats qui sonnent plutôt hip-hop old school du début des années 2000. Sur « Je rêve » ou « Toujours Al » par exemple, le piano fait penser à « Dans ma rue » de Doc Gynéco ou « Belsunce Breakdown » de Bouga. Est-ce que tu fais partie de ceux qui pensent que « le rap c’était mieux avant » ?

H : Pas vraiment, non. Il y a eu du bon et du moins bon avant comme il y a du bon et du moins bon aujourd’hui. Ce qui a changé avec internet, c’est surtout qu’il y a beaucoup plus de copies. Dès qu’un artiste fait un morceau qui marche, on peut s’amuser à retrouver les mêmes éléments chez tel ou tel autre artiste qui s’en inspire très directement. Bien plus qu’auparavant, on constate par exemple la multiplication des clones de Booba, d’un tel ou d’un tel. Il y a beaucoup de clones.

G : Il se passe beaucoup de choses dans le rap actuellement mais si on devait dégager les deux grandes tendances qui ont marqué ces dernières années, on pourrait dire qu’il y a d’une part le cloud rap, avec des instrus plutôt planantes et aériennes, et d’autre part la trap, avec le plus souvent du fast flow sur des instrus beaucoup plus lourdes. Que penses-tu de l’hégémonie récente de ces deux grandes tendances ?

H : J’écoute assez peu tout ca, je ne suis pas un bon client. J’ai tendance à rester sur mes bases et je suis plutôt fidèle aux classiques. C’est peut-être aussi du à l’âge que j’ai. Mais quand j’aime bien un artiste, je vais acheter l’album, j’écoute régulièrement et je vais au concert. Bref, je le suis à fond.

Concernant la trap, peu importe que le flow soit saccadé ou qu’un morceau ait du « style » pour telle et telle raison, il faut qu’il y ait du texte derrière sinon je trouve ca un peu mou et ca ne m’intéresse pas tellement. Il y en a qui vont aimer la musique, d’autres qui vont aimer le thème. Pour ce qui me concerne, je n’écoute pas spécialement ce genre d’artistes et de manière plus générale, je ne suis aucune mode. Il faut simplement que ca me plaise.

G : Pour finir, quels sont tes projets pour les mois à venir ? Est-ce que tu travailles sur un deuxième album ?

H : De toute façon, j’écris tout le temps. Mon projet pour le moment, c’est surtout d’emmener « Black Cïrcus » au plus haut point.

G : Merci Haïm d’être venu nous parler de ton premier album. J’espère avoir été à la hauteur du « bête d’interview » que tu appelais de tes vœux sur ton intro « H Black ». On te souhaite le meilleur pour la suite de tes aventures.

 

 

Pour suivre Haïm et acheter son album Black Cïrcus, c’est par ici ou par .

Tracklist :

  1. Intro H Black
  2. Marginal
  3. La Maguène
  4. Jude Lion
  5. One Shot
  6. J’irai loin
  7. Black Cïrcus
  8. Mafia Mifa
  9. Dieu Seul Sait
  10. L’Heure H…
  11. Otakey
  12. Baka
  13. Allée des Sycomores
  14. Phénix
  15. Si loin
  16. Victoire
  17. 7ème Saison

 

 

 

 

 

TRACK PIPE #1

Au menu cette semaine : double dose de Game (parce que c’est une excellente occasion de vous parler aussi de Meek Mill et Young M.A), E-40, A$AP Mob, Payroll Giovanni, Anderson .Paak et Lance Skiiwalker (parce qu’on aime bien les blazes avec 2 voyelles qui se suivent).

 

The Game – 1992 – « I grew up on Wu-Tang »

Sur 1992, son dernier album sorti le 7 Octobre dernier et entièrement produit par Bongo, The Game rend un hommage vibrant à deux classiques en date de ce légendaire mois de Novembre 1993 qui a marqué l’histoire du rap. En effet, l’artwork du projet dont la parenté avec celui de l’indétrônable Doggystyle de Snoop Dogg saute aux yeux a été réalisé par le même homme, Joe Coll. Cet esprit cartoon rappelle en outre la pochette du dernier album du Doggfather, Coolaid, ainsi que celle, plus ancienne, de Lord Willin’ des Clipse sorti en 2002. A défaut de featuring (puisqu’il n’en comporte aucun), le disque célèbre également le Wu-Tang Clan et dresse le portrait d’une jeunesse de l’époque formée à l’école de la rue, dans l’antichambre de la 36ème, du gros G-Funk dans le casque comme dans la caisse.

Après Block Wars, son précédent opus qui avait accompagné fin Juillet la sortie de son jeu vidéo et sur lequel il s’était aventuré en territoire trap pour un résultat mitigé, The Game déserte donc l’aire de jeu de Meek Mill et renoue avec ses influences originelles. Et quitte à ce qu’il porte un peu moins bien son nom, on est plutôt contents de le retrouver dans son élément.

 

The Game – 1992 – « Pest Control »

The Game poursuit sa distribution des bons et des mauvais points. Après le clin d’oeil à Snoop et la révérence à Wu-Tang, c’est donc l’heure du dernier épisode du beef qui l’oppose depuis quelques semaines à Meek Mill. Une fois n’est pas coutume, « 92 Bars » ne lui aura pas suffi à vider son chargeur : il récidive donc pour finir le travail avec « Pest Control », un remix du single « OOOUUU » de Young M.A à l’occasion duquel il enfile les rafales sur une cible du rappeur de Philly. Une exécution en forme d’effet boomerang puisque ce dernier, fidèle à sa trap guerrière et corrosive, avait lui-même repris ce morceau quelques jours plus tôt sur pour tirer à boulets rouges sur l’ex G-Unit.

 

E-40 Feat. AD – The D-Boy Diary Books 1 & 2 –          « On One »

Avec le titre « On One », E-40 accompagné par AD livre sans doute le meilleur extrait jusqu’ici de son prochain double album dont la sortie est annoncée pour le 18 Novembre 2016. Une instru et des lyrics qui demeurent dans la verve mob music minimaliste chère à Earl Stevens et font la part belle au flow toujours aussi précis du rappeur californien.

 

A$AP MOB – Cozy Tapes vol.1 : Friends – « London Town »

On vous parlait il y a peu de « Yamborghini High », extrait des Cozy Tapes d’A$AP Mob dont le premier volume vient de sortir le 31 Octobre dernier. Ce projet à dominante drill et trap recèle en effet quelques perles dont le titre « London Town » à côté duquel on ne pouvait pas passer cette semaine.

 

Payroll Giovanni Feat. Doughboy Clay – Sosa Dreamz – « Worldwide Hustla »

Après A$AP Mob à Londres, c’est au tour d’un rappeur de la Motown de s’élancer à la conquête du monde. Rien de moins. Fort du succès de Stack Season qui avait ouvert le bal 2015 d’une excellente année rap, Payroll Giovanni est retourné en studio pour vérifier le niveau d’huile et débrider son moteur. A l’arrivée, le tigre à l’intérieur s’est affranchi de toutes limitations de vitesse. Sur Sosa Dreamz sorti le 4 Novembre dernier, nul besoin de liquide de refroidissement pour le météore de Détroit dont le flow acéré se charge sans effort de liquider et de refroidir la concurrence. Ce dernier opus confirme, s’il en était besoin, qu’il est un rappeur et un hustler tous terrains avec lequel la scène de sa ville devra désormais compter. Démonstration avec le titre « Worldwide Hustla ».

 

Anderson .Paak – Malibu – « The Season / Carry Me / The Waters »

Anderson .Paak s’est imposé sans conteste comme l’un des hommes forts de l’année 2016 entre la sortie en tout début d’année de son premier album studio, Malibu, unanimement salué par la critique, son tout récent projet collaboratif avec NxWorries, Yes Lawd!, lequel a également retenu l’attention et sa présence toujours lumineuse sur les refrains de nombre de ses confrères. Il propose une fusion ensoleillée entre hip-hop, soul, funk et jazz, remarquablement servie par l’utilisation de son grain de voix si particulier comme un véritable instrument. Petit échantillon de ce prodige au confluent des genres, entré dans l’industrie par la grande porte. A juste titre, à notre humble avis.

 

Lance Skiiwalker – Introverted Intuition –                  « Toaster » Feat. ScHoolboy Q

Récemment signé sur le label T.D.E., Lance Skiiwalker vient de livrer son premier album studio, Introverted Inuition, le 18 Octobre dernier. Au regard du pedigree haute voltige des autres protagonistes du label (Kendrick Lamar, ScHoolboy Q ou Isaiah Rashad pour ne citer qu’eux), on était en droit de s’attendre à du lourd. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que nous n’avons pas été déçus. A l’écoute du projet, on ne peut qu’approuver la démarche de T.D.E. de persister dans l’exploration de sons nouveaux. Entreprise depuis un peu plus d’un an pour tenter d’établir les paradigmes sonores de la nouvelle vague californienne, quitte à s’éloigner par moments du rap pur et dur comme sur le titre « Toaster », celle-ci apparaît indiscutablement comme un succès. Introverted Intuition est donc un album difficilement classable qui reflète cette tendance à l’ouverture sur d’autres genres musicaux judicieusement impulsée par le label.

 

 

Mac Miller – When in Rome

                         mac-miller-2

Le 18 Septembre 2015 sortait le troisième album studio de Mac Miller,   GO:OD AM. Retour sur le titre « When in Rome », le 12ème et l’un des meilleurs de ce projet sans bavure.

Pas question ici de Dolce Vita. Si le rappeur de Pittsburgh débarque dans la capitale italienne, ce n’est assurément pas pour faire du tourisme. Le temps d’un morceau porté par un flow fusée à la Meek Mill, il pose au pied du Colisée ses valises chargées de la substance du son d’Atlanta. La douane ne s’est rendue compte de rien. Et qu’importe que la forme ovoïde des arènes romaines n’offre pas de corners à proprement parler, il est prêt à dégainer l’artillerie lourde pour faire main basse sur les points de vente locaux et s’ériger en maître de la ville.

Au mépris de la concurrence bien assise des parrains du lieu. 

 

Ecouter l’album : https://www.youtube.com/watch?v=J-PvZnCNWC8&list=PLA2GEsOPHIZqShb8js6Pl3rB0JUGAF8Vp&index=1

PNL – Dans la légende

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Aux Etats-Unis, le label californien T.D.E. enchaîne depuis quelques 24 mois environ les projets d’une grande qualité, sous la direction virtuose de son fondateur et CEO Anthony « Top Dawg » Tiffith. Figure de proue du label n’ayant déjà presque plus rien à prouver après la consécration grammystique de To Pimp A Butterfly, le flow bolide de Kendrick Lamar lévite sur les notes d’un G-funk revitalisé aux couleurs du jazz et du gospel, comme Aladdin sur son tapis volant fuyant dans une course effrénée la vague de lave à ses trousses après avoir volé la lampe magique. Dans son sillage, Isaiah Rashad s’est inscrit sans conteste comme l’une des révélations de ces dernières années, tandis que le gangsta rap instrumental de ScHoolboy Q continue de surprendre en se perfectionnant de projet en projet.

Du rap vocodé jusqu’à l’OD

A l’opposé du spectre, en France, on trouve PNL, succès nucléaire de la production rap indépendante dont le troisième album, Dans la légende, vient de sortir le 16 Septembre dernier. Le projet persiste dans l’exploration de cette tension thématique et mélancolique entre le dealer fragile et le mafieux qui va te faire la peau. On y retrouve les marqueurs qui ont fait le succès commercial des précédents albums, entre les références à la « miff » qui va toujours bien (nous voilà rassurés…) et sur laquelle les deux frères des Tarterêts ont toujours à coeur de veiller, le rejet voire la haine des médias, le célèbre chimpanzé devenu pensionnaire de Skyrock de retour dans le clip du morceau d’ouverture « DA », le biz et les fours naturellement, le passage de la tess grise aux vacances ensoleillées dans une station balnéaire (sans doute payées en liquide) comme symbole d’un ascenseur social en panne qui ne laisse plus aux jeunes des quartiers que les voies de l’illégalité pour tenter de s’en sortir.

 

Il reste que le problème majeur de l’album (comme d’ailleurs de PNL en général) éclate une fois encore au visage dès la première écoute. C’est l’extrême pauvreté des paroles et le fait que N.O.S et Ademo tentent de nous en masquer le manque crucial d’intérêt par un gavage à l’auto-tune digne de celui habituellement réservé aux oies destinées à la production de foie gras. Lequel voudrait passer pour une expression cloud rap made in France.  A défaut d’être avant-gardistes dans leurs paroles ou dans leur proposition sonore, les frères de PNL sont assurément en avance sur les fêtes de fin d’année.

L’autre écueil du projet réside dans l’accent improbable qui habite inlassablement le flow des deux frères, sensé retranscrire la prééminence de l’agressivité et de la violence dans les quartiers qui les ont vu grandir. Aussi implacable qu’une descente de flics au beau milieu d’une session de découpe de savonnettes, c’est en effet l’ensemble de l’album qui en est imprégné. Sans doute venu d’une cité située sur une autre planète – vraisemblablement « Uranus », 15ème piste de l’album, dont on aperçoit le reflet dans leurs lunettes de soleil sur la pochette du disque -, cet accent ne peut manquer d’intriguer en ce qu’il est propre à PNL et ne semble se retrouver chez aucun autre rappeur.

La Tess vue du ciel

En matière de clips, les choix du tandem sont mieux inspirés et opposent deux esthétiques. L’une est celle de la bicrave sans détour, sombre et étouffante, qui emprunte à la série « Gomorra » ses travellings aériens sur des kilomètres de barres d’immeubles pour suggérer le bouillonnement d’activités illégales qui s’y déroulent 24 heures sur 24. Une version périurbaine de la « Terre vue du ciel » de Yann Arthus-Bertrand, sculptée dans le béton des tours de la cité. Le clip du morceau   « Le monde ou rien » a d’ailleurs été tourné à Scampia, dans la banlieue de Naples.

L’autre, éclairée par la lumière des grands espaces et des paysages naturels, traduit au contraire l’apaisement d’être enfin sorti de l’asphyxie des fours. Elle tranche avec la précédente au moyen de plans panoramiques qui placent le duo face à l’océan, au lac ou à la montagne, où ils jouissent enfin d’une sérénité que leur interdisait jusqu’alors cet air irrespirable. Le quotidien du dealer sans gloire reste au centre des textes mais il n’appartient plus ici qu’à un passé révolu dont leur succès les a enfin délivré et auquel il n’est pas question de revenir.

 

Aladdin plutôt que Mowgli et Simba

Au total, le disque porte assez mal son titre et constitue davantage du rap de corbeille qu’il ne représente le rap de Corbeil-Essonnes. C’est d’autant plus regrettable que les instrus considérées pour elles-mêmes sont, comme elles l’étaient déjà sur « Le monde chico », souvent planantes et plutôt bien ciselées. PNL, c’est donc en quelque sorte la soupe populaire du rap français, celle qui se borne à remplir sa mission de rassasier les foules (pour des raisons qui nous échappent, l’album était en effet très attendu) mais dont le goût laisse franchement à désirer.

Pour ce qui nous concerne, et bien au-delà des palmiers et du soleil qui y règne, on préfère ainsi largement la compagnie californienne de T.D.E et de sa nouvelle vague West Coast que celle des frères Andrieu. La bonne surprise viendra peut-être d’un prochain opus mais d’ici là, PNL reste bien plutôt dans la débande que Dans la légende.

Dans la légende – 4 titres en écoute :

DA

Naha

J’suis QLF

La vie est belle

 

 

Desiigner – Panda

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Quand le rugissement des balles d’Atlanta retentit jusqu’à Brooklyn, cela donne le morceau de rap préféré de Brigitte Bardot ! Après avoir été samplé de manière plutôt taciturne sur le dernier album de Kanye West, The Life of Pablo, Desiigner reprend des couleurs en noir et blanc sur         « Panda », à tel point que son troisième titre a bousculé en l’espace d’à peine 2 mois l’hégémonie du règne animal sur Google et Youtube en y devenant le premier résultat associé aux mangeurs de bambous. Avec d’ores et déjà plus de 100 millions de vues. Par les temps qui courent, il s’agit certainement là d’un exploit encore plus impressionnant que sa présence dans les sommets du Billboard, qu’il avait kidnappés dès le 7 Mai dernier avec la même redoutable efficacité.

Si Desiigner peine encore à s’affranchir de la figure tutélaire de Future dont on retrouve le penchant prononcé pour l’auto-tune, le morceau séduit par son flow syncopé au service d’un mouvement circulaire frénétique qui n’a de cesse de s’accélérer à mesure des rafales qui ponctuent la balade. Une course effrénée au volant d’une grosse cylindrée qui transite par la réalité glaçante du bando en ébullition, fortement contre-indiquée aux épileptiques, aux asthmatiques et aux cardiaques.

« Panda panda panda… » !

 

The Underachievers – Play That Way

Afficher l'image d'origineRetour de The Underachievers, les enfants-indigos terribles et prodiges de la beast coast new-yorkaise avec It happened in Flatbush, leur quatrième album sorti le 17 Mai dernier. Un premier aperçu avec le titre   « Play That Way », une instru astrale qui décrit la danse des planètes de notre système solaire dans le sillage de leurs précédents projets, irriguée par une grosse ligne de basse qui sert de carburant au vaisseau à bord duquel AK et Issa Gold continuent de sonder les éthers.

Ecouter l’album : http://www.datpiff.com/The-Underachievers-It-Happened-In-Flatbush-mixtape.783785.html