Jonas, rap acoustique – Interview

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G : Bonjour Jonas ! On te rencontre à l’occasion de ton concert parisien de Septembre 2017 à La Dame de Canton où tu assures la première partie de Yael Miller qui est invitée sur ton album et avec laquelle vous collaborez depuis longtemps. A quoi peut-on s’attendre ce soir ?
J : Sur l’album Oxymore, je voulais explorer le contraste entre le son doux et feutré du clavier (Cedric Schaerer) et le son viscéral de la guitare électrique (Mathieu Karcher). Je suis également accompagné par un batteur (Maxence Sibille) et un bassiste (Christophe Chambet). Le projet est sorti en 2015 et nous avons beaucoup tourné. On a fait environ une cinquantaine de dates, principalement en Suisse. On a joué à Paris l’année dernière aux Trois Baudets, à Grenoble, à Lyon. On a aussi été invités à Tunis.

Ce soir par contre, il n’y aura pas de section rythmique. Ce sera piano, guitare, rap, ce qui permettra de mieux se concentrer sur les textes.

G : Cela fait très longtemps que tu rappes. Peux-tu me parler un peu de ta carrière de rappeur jusqu’à présent ?

J : En effet. J’ai commencé à rapper à 12 ans et j’en ai 38, ça fait donc 26 ans. Après avoir rappé durant une dizaine d’années au sein du groupe le D.U.O. aux côtés de mon pote ROX, j’ai enregistré mon premier album en partie en Afrique de l’Ouest (au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso) car j’adore la musique mandingue. Je bosse principalement avec des musiciens live. A 23 ans, je suis parti tout seul au Mali. J’avais écouté Boubacar Traoré et d’autres et j’ai préféré partir et enregistrer avec des musiciens africains plutôt que d’utiliser des samples.

Pour te donner une idée, j’avais découvert par hasard un groupe de rap burkinabé dans une disco à Tombouctou. Je me suis renseigné auprès d’un gars qui m’a dit que le groupe s’appelait Yeleen. Le lendemain, j’ai fait le tour de toute la ville pour trouver la cassette. Comme je l’écoutais souvent, j’ai fini par tomber par hasard sur quelqu’un qui les connaissait et qui m’a donné le n° de téléphone de l’un d’eux. J’ai décidé de l’appeler et il a tout de suite été partant pour qu’on se rencontre !

C’est la musique qui me donne envie de découvrir d’autres pays. Plutôt que de me dire « Wow ! Il y a de belles plages là-bas ! », je m’intéresse davantage à la force qu’il y a dans leur musique ou dans leur littérature. C’est d’abord ça qui m’attire dans un pays, avant d’aller à leur rencontre. J’ai toujours beaucoup aimé le sens des mots, les textes.  Les seuls invités sur mes projets, ce sont Yael Miller, Rox, Gaël Faye et Edgar Sekloka, parce que j’apprécie leur plume. Je suis plus attiré par les lyricists que par les kickeurs. Je respecte évidemment le boulot de « kickeur » et j’apprécie les gars qui ont du flow mais personnellement, ce qui m’intéresse en priorité ce sont les textes
Le deuxième album, on l’a enregistré avec piano, guitare, basse, batterie et contrebasse sur certains morceaux. On a rajouté du oud, de la clarinette basse et quelques autres instruments.

Le but d’un morceau pour moi, c’est vraiment d’aller creuser au fond de soi-même, d’essayer de trouver de l’humour dans la difficulté, de se pencher sur les failles qui se cachent derrière les conventions ou les apparences pour aller plus loin. Faire ce travail sur soi, trouver de la poésie là où il semble ne pas y en avoir, encourager les gens, je pense que c’est essentiel dans la mesure où nous sommes tous les miroirs les uns des autres. C’est pour cette raison que mes chansons, je ne les écris pas que pour moi, c’est très important de les partager.

G : Quelles sont tes influences en rap FR et US ?

J : Je pense que les gars qui m’ont le plus marqué dernièrement, ce sont Gaël Faye et JP Manova. Je suis assez éclectique. A la maison, j’écoute aussi bien Jacques Brel que de la musique indienne ou mandingue. Chez les ricains, j’aime bien Dillon Cooper, il kicke sévère sur des beats à la Primo. Il parle beaucoup de foncedé mais il le fait bien, il a un côté un peu viscéral que je trouve intéressant. Kendrick Lamar évidemment, c’est un monstre. Son morceau qui m’a le plus marqué, c’est « Hiii Power ».

Pour te donner une idée, mon album de référence (que j’écoutais encore dans la voiture tout à l’heure), c’est ATLiens d’Outkast. Cet album, il est hyper bien produit, il a 21 ans et il ne vieillit pas. Il est intemporel, c’est assez incroyable.

J’aime bien la musique de Jim Jones et Mos Def sur le projet Blakroc. J’ai toujours apprécié les sonorités East Coast. « Hellucination » de Smif-n-Wessun, pour moi c’est un classique de ouf !

Ce qui est fort avec le rap depuis toujours, c’est qu’indépendamment des distinctions boom-bap, « old school », cloud rap ou trap, ce sont toujours des gens qui sans formation essaient de créer quelque chose en dehors des voies traditionnelles. C’est un peu la génération spontanée.

Ce qui m’importe c’est la création. Même si certains types de rap me plaisent moins que d’autres, j’encourage toutes les initiatives autour de la production de rap. Je suis toujours content de découvrir de nouveaux talents et de voir des jeunes qui réussissent à remplir des salles. D’ailleurs, je trouve que les questions qu’on pose souvent du type : « Que penses-tu de tel ou tel rappeur ? » n’ont pas d’intérêt. A titre personnel, ça ne me dérange pas que certains puissent penser que je fais un rap de « vieux con ».

G : Il y a un côté assez introspectif dans ton dernier album, « Oxymore ». Est-ce que tu peux nous parler un peu de l’univers que tu y développes ?

J : Ce qui est au centre de cet album, c’est la critique humaine, la recherche de l’exception qui infirme la règle. J’aime bousculer l’ordre établi. L’homme a toujours tendance à coller des étiquettes et à se conditionner. Dans le fond, on a tous envie d’être heureux, de vivre des belles choses, de rencontrer des gens qui ont des bonnes vibes et qui nous tirent vers le haut. Malheureusement, on est souvent rattrapé par le stress et les problèmes. Même s’il faut savoir se préserver et prendre soin de soi. Détourner le regard quand les gens autour de toi rencontrent des difficultés, c’est la pire chose que tu puisses faire. Attention à ne pas tomber dans l’excès d’indifférence ! C’est un équilibre difficile à atteindre.

G : Merci d’avoir pris le temps nous répondre et bonne chance pour la suite Jonas !

wwww.jonasmc.com

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