Dehmo poursuit sa route en solitaire

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Nous avons rencontré Dehmo, ancien membre de la MZ (aux côtés de Jok’air et Hache-P), pour évoquer avec lui son parcours dans le rap, son projet « Ethologie » sorti le 23 Juin 2017 mais aussi la suite de sa carrière.

 

Salut Dehmo ! Tout d’abord, peux-tu résumer ton parcours dans le rap en quelques mots ?

Mon parcours dans le rap a commencé en 2007 mais j’ai pris les choses plus sérieusement à partir de 2012, avec la formation de la MZ. Le groupe s’est séparé en 2016 et ma carrière solo a vraiment commencé cette année, début 2017. On a d’abord sorti quelques extraits avant d’enchaîner directement avec « Ethologie », qui représente en quelque sorte ma carte d’identité musicale.

Le quartier de Chevaleret où tu as grandi, dans le 13ème arrondissement de Paris, tient une place assez importante dans ton parcours et dans ta musique.

En effet. Ce quartier, c’est un peu comme une seconde mère. C’est là-bas qu’on se retrouvait avec tous mes potes, qu’on a fait les 400 coups. C’est aussi là-bas que j’ai commencé le rap, notamment en cours parce que je m’ennuyais beaucoup. A l’époque, j’étais fan de rap français.  Je n’écoutais que ça et je peux te dire qu’il y avait beaucoup moins de rappeurs qu’aujourd’hui dans le quartier. Devenir rappeur à l’époque, c’était une sorte de rite initiatique, de baptême étrange.

Tu as connu un certain succès avec la MZ, marqué par de nombreux showcases, des tournées importantes, des ventes assez solides et un public fidèle. Comment vis-tu ta première sortie solo ? Est-ce que tu appréhendes la manière dont cette mixtape va être reçue ?

Je me sens plutôt à l’aise par rapport à cette première sortie en solo. J’ai pris tout ce qui s’est passé avec la MZ comme une bonne expérience. Aujourd’hui, cette page est tournée et je dois me concentrer sur la suite de ma carrière. J’ai réussi à construire mon projet et je suis plutôt content du résultat donc je me jette à l’eau et je ne me prends pas trop la tête. Dès lors que j’arrive avec un projet qui me plaît, j’accorde assez peu d’importance à ce que les gens peuvent en penser. Si le projet est reçu de manière positive, je serai évidemment content mais je ne prête pas d’attention particulière à mes détracteurs. Tout le monde a le droit d’avoir son avis. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas.

Après la séparation de la MZ en Décembre 2016, as-tu tout de suite su que tu allais prolonger l’aventure en solo ou as-tu envisagé à un moment d’arrêter la musique pour te consacrer à autre chose ?

J’ai su tout de suite que j’allais continuer la musique. Il y a tout de même eu un court moment de réflexion durant lequel je me suis demandé si je n’allais pas en profiter pour faire autre chose mais comme je suis un véritable passionné, la musique a vite repris ses droits. J’ai compris à ce moment-là que je n’aurais jamais la même envie de faire autre chose.

Ta mixtape s’appelle « Ethologie » : la science qui s’intéresse aux comportements animaux au sens large, y compris ceux de l’homme. Tu parles beaucoup de ta famille, de tes potes, des rapports humains en général. As-tu fais un effort conscient pour te prendre toi-même comme cobaye de cette éthologie et pour en dévoiler davantage sur toi et sur ton quotidien ?

Les choses se sont faites naturellement et je n’ai pas eu l’impression de fournir un effort particulier en ce sens. Quand je fais de la musique, j’y vais toujours au feeling et je me suis dit qu’il fallait continuer à procéder comme je l’avais toujours fait. Le titre « Ethologie », je l’ai d’ailleurs trouvé sur le tard, en réécoutant le projet presque terminé. Je ne l’avais pas dès le début. Je me suis rendu compte que ça collait vraiment à tout ce que j’y évoque, que ce titre définissait bien le projet. En d’autres termes, c’est le projet qui a déterminé le titre et non le contraire. Je n’ai rien calculé du tout. J’ai juste fait les morceaux que j’avais envie de faire au feeling. Au fur et à mesure, le projet a pris une direction introspective qui n’était pas préméditée et à laquelle ce titre correspondait parfaitement. Je me suis d’ailleurs un peu découvert à travers ce projet. Je pense que c’est assez naturel de se parler à soi-même, de se poser des questions, y compris à voix haute dans la musique car on pense constamment. Nos souvenirs et nos expériences interviennent au même titre que notre rapport au présent ou à l’avenir.

Tu es né en Côte d’Ivoire et sur Ethologie, un morceau est intitulé « Abidjan est doux ». On a l’impression que tu établis un contraste entre Paris qui est une ville plutôt stressante, où tu vis tes galères et tes prises de tête, et Abidjan qui apparaît comme une sorte de paradis perdu, un refuge, un îlot de sérénité où tu peux t’évader de tes préoccupations et souffler de cette vie parisienne frénétique. Un peu à la manière de Doc Gynéco sur « Né Ici ».

Je ne l’avais pas vu comme ça mais c’est une interprétation assez juste. Ce morceau, c’est en quelque sorte mon « Hakuna Matata ». C’est un titre très introspectif en même temps qu’un clin d’œil à mon pays d’origine. C’est finalement assez logique car souvent, c’est dans la ville où tu habites que tu es confronté à un certain nombre de problèmes tandis que l’endroit où tu pars en vacances, c’est celui où tu t’échappes de tout ça, où tu te sens plus calme et où tu respires mieux. C’est un peu comme si tes difficultés restaient circonscrites à l’endroit où tu vis sans pouvoir te suivre lorsque tu t’en éloignes. La distance avec ton environnement quotidien te permet de décompresser, et ce quelle que soit la ville d’où tu viens et celle où tu voyages. En l’occurrence, je parle de Paris et d’Abidjan mais j’aurais pu dire la même chose en prenant deux autres villes.

Sur ce projet, on a l’impression dans la manière dont tu rappes et dont tu poses ta voix que tu prends plus le temps, que tu es moins dans l’urgence qu’auparavant.

A mes débuts, c’est vrai que je laissais beaucoup moins les instrus respirer. Je venais de découvrir que je savais rapper, j’avais la dalle et donc j’avais envie de kicker sévère. J’étais plus attiré par le côté vénère du rap, par cette idée de « représenter le quartier ». Ca me paraissait ennuyeux de laisser même une demi-mesure de repos sans rapper dessus : j’avais vraiment à cœur de kicker tout le long de l’instru, du début à la fin. Aujourd’hui, je pense que j’ai mûri et acquis une certaine maturité par rapport à ça. Je ne suis plus simplement un rappeur cantonné à kicker en permanence mais je suis un également un artiste qui essaie de s’inscrire dans quelque chose de plus global, de plus complet que ça. Ces deux dernières années, j’ai vraiment appris à construire des morceaux et à me pencher davantage sur la musicalité.

Pour finir, comment envisages-tu la suite ? Est-ce que tu bosses actuellement sur un prochain projet ?

Je bosse sur mon prochain projet dont le titre et le format sont encore confidentiels donc je ne peux pas t’en dire plus. Tu peux l’appeler « X » si tu veux (rires). J’espère aussi tourner pas mal avec « Ethologie » et continuer à rencontrer tous ceux qui me suivent et qui apprécient ma musique un peu partout en France.

Merci beaucoup Dehmo d’avoir pris le temps de nous répondre et bonne chance pour la suite !

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