Interview ROX – « La Route du Soi 2, Correspondances »

ROX
Salut Rox ! Nous sommes aujourd’hui à Lausanne à l’occasion de la sortie de ton dernier clip issu du E.P. « La Route du Soi 2, Correspondances ». Peux-tu nous parler un peu de ce dernier projet ?

Le premier volume de La Route du Soi est sorti en Juin 2017, c’est un E.P. 3 titres. Pour ce deuxième opus qui est un E.P. 5 titres, j’ai bossé avec Dj Dan, un vieil ami à moi. Notre idée était de revenir à quelque chose de très épuré et basique, une forme de retour aux sources et au hip-hop dit « boom-bap 90’s », avec des samples de Soul. J’ai commencé à écrire et à rapper autour des années 92-93. Depuis plus de 25 ans cette décennie du rap m’influence, elle demeure pour moi une source intarissable d’inspiration. C’est une formule simple et efficace qui a fait ses preuves et continue de fasciner également les nouvelles générations de rappeurs. Mes références ultimes de l’époque sont ATCQ et Boot Camp Click.

Nous avions déjà tourné 2 clips issus du premier E.P. de « La Route du Soi ». Actuellement pour le deuxième opus, nous avons déjà sorti le clip d’ « Aimer » il y a quelques mois puis le tout dernier, « Correspondances »  qui vient de sortir il y a tout juste quelques semaines. Ils sont disponibles en qualité optimale sur Bandcamp et en mp3 sur différentes plateformes.

 

 

Au niveau de l’écriture, quels sont les thèmes abordés sur le E .P. « La Route de Soi 2 » ?

Comme le jeu de mots dans le titre l’indique, plus que jamais, ma ligne directrice est introspective. Je parle de mon expérience et de ma vie. Je n’ai pas tenté de filtrer ou de limiter les morceaux ou je parle de moi-même et de mes états d’âme. Il a été enregistré dans une période de grands changements et de deuils physiques et symboliques dans ma vie. J’y aborde aussi bien la perte d’êtres chers que la page d’une période de vie qui se tourne.

Introspection, rétrospective, analyse, philosophie et spiritualité, déjà avec Jonas dans le DUO nous abordions ces thèmes. Je souris en pensant aux gamins de 18 ans que nous étions à parler d’énergie et de dualité. Je trouve ça admirable, je porte un regard affectueux  sur les gosses que nous étions mais avec mon esprit critique, je ne peux pas m’empêcher de me dire que nous pétions plus haut que notre cul… (éclats de rires). Nous faisions les sages alors que nous n’avions pas encore tellement vécu. Nous continuons à collaborer sur nos projets respectifs avec Jonas malgré le fait que je suis officiellement en solo depuis 2003.15 ans plus tard il est toujours mon frère de cœur et de plume. L’année prochaine, nous fêterons d’ailleurs les 20 ans du premier maxi du DUO, « Rien n’est duo Hasard ». Nous envisageons de faire un morceau ensemble pour l’occasion. Je ne sais pas encore si je rapperais toute ma vie, j’ai vu dernièrement un documentaire intitulé « Adults Rap » qui m’a parlé et amené certains éléments de réponse sur le sujet du rap chez les vieux (éclats de rires). Certaines figures du rap quinquagénaires ou même sexagénaires continuent à performer alors pourquoi pas moi ? En tous cas, je n’ai pas l’intention d’arrêter maintenant. J’ai aussi mon travail d’éducateur dans les maisons de quartier qui me tient à cœur ainsi qu’un travail journalistique sur le hip-hop.

Malgré le fait que ton son soit bien ancré dans le style des 90’s, t’intéresses-tu aussi aux nouvelles sonorités, comme la Trap par exemple?

Oui, bien sûr je m’y intéresse, pour me tenir au courant des tendances, plutôt dans une démarche sociologique ou journalistique. Par contre, c’est très rare que j’en écoute chez moi pour mon plaisir personnel. Je suis conscient que les nouvelles générations de rappeurs ici comme ailleurs, ont baigné dans ces sonorités avant se lancer eux-mêmes. Je les encourage à continuer d’explorer. Comme j’ai moi-même été inspiré par le courant de rap des 90’s, des nouvelles générations de rappeurs créatifs puisent leur inspiration dans la Trap ou dans d’autres courants. En termes de goût, c’est pas ce que je préfère. Je ne suis pas réfractaire au changement mais après avoir essayé des nouveaux flows plus adapté à la Trap, j’ai réalisé que ce n’est pas pour moi. Je préfère une ligne de rap plus classique, c’est ce que je fais de mieux et ce que je préfère écouter.

Pourrais-tu me citer quelques artistes qui t’inspirent ou te plaisent actuellement ?

Il y a beaucoup de jeunes rappeurs qui adoptent un style plus proche du rap traditionnel dit boom-bap ou 90’s  – principalement américains –   que j’apprécie écouter. Certains parmi les anciens qui faisaient déjà du son dans les années 90 et que j’écoutais lorsque j’étais ado vieillissent bien, continuent à sortir des albums et à tourner. J’étais récemment au Festival Royal Arena ou j’ai pu voir en concert Onyx, Edo G et Gza de Wu-Tang notamment. Les mecs tiennent la route ! Ils ont 50 piges, la forme et le fond sont bons. Ils jouent leurs classiques et leurs nouveaux titres sur scène, j’ai été très impressionné par leur énergie et leur créativité.

J’apprécie beaucoup la musique de Evidence de Dilated People ou encore Blacked Out, le MC de The Roots qui a fait un solo produit par l’excellent beatmaker 9th Wonder, lequel bosse également la rappeuse Rhapsody (récemment signée par Jay-Z sur son label Roc Nation, ndlr). J’ai découvert le rappeur Ocean Wisdom récemment. Il a vraiment du flow et j’aime l’attention qu’il porte aux textes. C’est mon côté vieux MC, j’attache beaucoup d’importance à l’écriture. En fait, pour moi, il y a un équilibre à respecter entre le fond, la forme et le flow. Un rappeur qui a un bon flow mais pas de contenu ou l’inverse, un bon texte sans flow n’a pas d’intérêt pour moi. J’ai les mêmes exigences vis-à-vis des rappeurs que j’écoute que celles que je m’impose à moi-même lors de mon processus créatif. La question n’est pas de faire nécessairement du rap “conscient“ mais qu’il y ait un travail d’écriture qui accompagne le flow. Ceci dit, il existe des nouveaux flows et beats qui m’intéressent. Joey Badass ou Kendrick par exemple me semblent proposer un entre-deux maitrisé et réussi entre trap et rap plus traditionnel. Pendant des années, j’ai souhaité faire un rap engagé mais j’y suis moins attaché à l’heure actuelle. Finalement, le rap a dès ses débuts eu une facette dénonciatrice et une autre plus festive. Paradoxalement, je me suis plus intéressé au rap dénonciateur alors que j’ai grandi à Genève, une ville plutôt tranquille si on la compare aux réalités sociales du Bronx de l’époque ou d’aujourd’hui. J’estime que c’est lié à mon histoire personnelle et à mon héritage familial, dans la mesure où mes parents étaient des gens très engagés. Du coup, le texte prime. Il ne s’agit pas forcément d’être engagé politiquement ou de dénoncer, mais un rap dit “conscient“ peut aussi tendre vers une forme de spiritualité. Disons que je suis une personne consciente et que ça se reflète dans ma musique.

Que penses-tu de la scène rap francophone actuelle ?

Franchement, si tu m’avais posé cette question il y a une semaine, je t’aurais répondu que je n’en pensais rien parce que je ne l’écoutais pas. Mais, étant de retour du festival Royal Arena ou j’ai passé du temps avec des journalistes spécialisés et ou le débat revenait souvent sur ces nouveaux rappeurs francophones, assez naturellement, sans me forcer, j’ai découvert des nouveaux artistes qui rappent en français. Je connaissais leurs blases mais j’avais de la peine à les différencier auparavant. En effet, il y a des choses intéressantes mais ça fait longtemps que n’écoute plus de rap français. J’ai grandi avec NTM, IAM, Les Sages Poètes de la Rue et MC Solaar. De nombreux groupes que j’appréciais à l’époque ont mal vieilli, je trouve. J’aspire vraiment aux bases du rap U.S. et U.K. On me parlait souvent de Damso par exemple, en m’expliquant qu’il avait vraiment quelque chose de différent et d’original. Après l’avoir écouté attentivement, je dois admettre qu’il a une plume et du talent mais ses textes ne me touchent pas. Je ne suis personne pour le juger. Néanmoins, je n’aime pas la vulgarité ni les insultes, à l’égard des femmes notamment, que ce soit dans le rap ou dans la vie. J’aime la poésie. Le font-ils de manière inconsciente parce qu’ils s’en foutent de tout ou bien au contraire, consciemment parce que ça marche auprès de leur public ? La question reste ouverte, je ne les connais pas personnellement pour affirmer quoi que ce soit. En tous cas, ça ne correspond absolument pas aux idéaux que je souhaite véhiculer dans ma musique. Je suis conscient des dérives de la société dans laquelle nous vivons et des réalités difficiles que beaucoup de gens affrontent au quotidien. Je recherche des canaux d’évolution et de bien-être pour tous. Je suis conscient que ma musique ne va pas changer leurs vies mais si elle peut déjà par moments leur donner un peu de courage, d’inspiration et alléger leurs peines, je suis satisfait. Tous les retours de mon public qui vont dans ce sens me vont droit au cœur. Cette valeur-là est inestimable et vaut tous les disques d’or, tout l’argent du monde.

 

 

Interview réalisée par Arthur C. et Hugo Benezra (a.k.a. « Le Scribe »)

 

 

 

 

 

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