IAM donne le coup d’envoi de la tournée des 20 ans de l’Ecole du Micro d’Argent

 

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Il y a 20 ans sortait L’Ecole du Micro d’Argent, troisième album d’IAM qui valut au groupe une reconnaissance mondiale et une place définitivement acquise au panthéon du rap hexagonal. Enregistré entre Marseille, Paris et New-York et marqué par de fortes influences de RZA du Wu-Tang Clan (avec lequel ils collaboreront d’ailleurs à plusieurs reprises par la suite), il allait devenir disque de diamant (plus d’un million d’exemplaires vendus) avant d’être sacré meilleur album de l’année aux Victoires de la Musique en 1998 et de s’imposer comme une référence majeure, unanimement saluée comme un classique du rap français.

Avant de connaître un tel succès et de donner au genre ses lettres de noblesse, les pionniers de la cité phocéenne s’étaient d’abord fait connaître quatre ans plus tôt en 1993 avec le tube « Je danse le Mia ». Extrait de leur précédent opus Ombre Est Lumière, ce titre leur avait alors permis de toucher le grand public et a certainement contribué ensuite au phénomène du Micro d’Argent. Pour en célébrer les 20 ans, le groupe a donc décidé de faire renaître sur scène la magie de son album historique. Une tournée anniversaire qui fera résonner lors d’une vingtaine de dates à travers toute la France (outre Genève et Bruxelles)  « Petit frère », « Dangereux », « L’Empire du côté obscur » ou encore « Nés sous la même étoile » pour le plus grand plaisir de leurs fans.

La correspondance entre IAM et le Wu-Tang Clan n’est pas seulement musicale puisqu’elle se retrouve, par-delà les sonorités, dans l’évocation commune aux deux groupes d’univers cinématographiques. Sorti le 13 Octobre dernier, le dernier album du Wu-Tang titré « The Saga Continues » semble encore tout récemment faire écho à la collaboration des deux groupes sur le titre « La Saga » extrait de L’Ecole du Micro d’Argent. L’album avait en effet permis aux MCs Akhenaton, Shurik’n et Freeman et à leurs producteurs Imhotep et DJ Kheops de réaliser une passerelle transatlantique percutante et efficace avec Sunz Of Man, issu de la pieuvre Wu-Tang Clan, alors en plein boom à l’époque.

Depuis, IAM a sorti cinq albums dont « Revoir un printemps » en 2003 après une éclipse de six ans mais aussi « Saison 5 » en 2007, « Arts Martiens » et « …IAM » en 2013, puis « Rêvolution » en Mars 2017, outre deux albums enregistrés en public : « IAM Live au Dôme de Marseille » en 2005 puis « Retour aux pyramides » en 2008, captation de leur concert aux pieds des pyramides de Gizeh à l’occasion d’un autre anniversaire, celui des 20 ans du groupe.

Dates de tournée et lien pour réserver :

►   AMNEVILLE – Le Galaxie, mercredi 8 novembre 2017
►   STRASBOURG – Zénith, jeudi 9 novembre 2017
►   GENEVE – Arena, vendredi 10 novembre 2017
►   GRENOBLE – Le Summum, dimanche 12 novembre 2017
►   LYON – Halle Tony Garnier, lundi 13 novembre 2017
►   NICE – Le Nikaïa, mardi 14 novembre 2017
►   MARSEILLE – Le Dôme, jeudi 16 novembre 2017
►   TOULOUSE – Zénith, vendredi 17 novembre 2017
►   MONTPELLIER – Arena, samedi 18 novembre 2017
►   BORDEAUX – Patinoire Meriadeck, lundi 20 novembre 2017
►   NANTES – Zénith, mardi 21 novembre 2017
►   CAEN – Zénith, jeudi 23 novembre 2017
►   PARIS – AccorHotels Arena, Vendredi 24 novembre 2017 [COMPLET]
►   PARIS – AccorHotels Arena, Samedi 25 novembre 2017
►   AMIENS – Zénith, lundi 27 novembre 2017
►   LILLE – Zénith, mardi 28 novembre 2017
►   BRUXELLES – Palais 12, mercredi 29 novembre 2017
►   ORLEANS – Zénith, vendredi 1 décembre 2017
►   LIMOGES – Zénith, samedi 2 décembre 2017
►   CLERMONT-FERRAND – Zénith, lundi 4 décembre 2017
►   DIJON – Zénith, mardi 5 décembre 2017

Ecouter l’Ecole du micro d’argent

Snoop Dogg envoie Donald Trump à la morgue sur la pochette de son nouvel album, « Make America Crip Again »

Après avoir tiré sur un faux Donald Trump dans le clip du titre « Lavender » sorti en Mars dernier, le rappeur de Long Beach envoie directement le président américain à la morgue sur la pochette de son nouvel album.

 

 

C’était le slogan de campagne de Donald Trump lors de la présidentielle américaine : « Make America great again » (« rendre l’Amérique à sa grandeur »). Snoop Dogg l’a détourné et se l’est réapproprié en titrant son nouvel album « Make America Crip Again » (M.A.C.A.) et en n’hésitant pas à montrer sur la pochette un Donald Trump… à la morgue. On y voit en effet Snoop Dogg qui toise un cadavre recouvert du drapeau américain et portant une étiquette, attachée à l’orteil, indiquant qu’il s’agit du président Trump. Dans l’air ironique et narquois figé sur le visage de Snoop, on lit sa satisfaction du devoir accompli. Il semble même lever son verre bleu (en référence au gang afro-américain des Crips de Los Angeles né à la fin des années 60 dont il a été membre, par opposition au rouge porté par leurs rivaux, les Bloods) afin de célébrer la mort de Donald Trump. La pochette est aussi un hommage à Ice Cube et à son deuxième album « Death Certificate » sorti en 1991 sur lequel on pouvait voir le rappeur de South Central derrière un cadavre également recouvert du drapeau américain et dont l’étiquette indiquait alors « Uncle Sam ».Résultat de recherche d'images pour "ice cube death certificate"

 

Cela fait maintenant quelques mois que le Super Crip s’attaque frontalement au président américain. Déjà dans son clip « Lavender » sorti en Mars dernier, le vétéran du hip hop tirait sur un Donald Trump grimé en clown. Ce dernier s’était empressé de réagir sur Twitter : « Est-ce que vous imaginez le tollé que ça aurait fait si Snoop Dogg, qui rate tout dans sa vie, avait visé ou ouvert le feu sur le président Obama ! En prison ! ».

 

 

Si l’on connaît depuis longtemps l’engagement politique du rappeur, qui n’hésite pas à s’emparer de sujets de fond, nul doute que ses attaques envers le président lui font une belle publicité. Eminem s’en était lui aussi pris à Donald Trump dans le cypher dévoilé il y a quelques semaines pour annoncer la sortie de son prochain album, « Revival ». Et l’on ne peut que se souvenir du coup marketing réussi de YG et Nipsey Hussle avec leur hit « Fuck Donald Trump », lequel avait marqué la campagne présidentielle américaine et avait même, lors de sa sortie, été diffusé en boucle durant plusieurs jours sur certaines radios après que celles-ci aient été piratées par des anti-Trump.

 

 

En plus de quelques morceaux en solo, on retrouve sur le projet de nombreux invités tels que Chris Brown, OT Genasis, Ha Ha Davis, October London, Designer Flow et Shon Lawon. Le nouvel album du rappeur californien est disponible sur toutes les plateformes de streaming.

Ecouter « Make America Crip Again »

Dehmo poursuit sa route en solitaire

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Nous avons rencontré Dehmo, ancien membre de la MZ (aux côtés de Jok’air et Hache-P), pour évoquer avec lui son parcours dans le rap, son projet « Ethologie » sorti le 23 Juin 2017 mais aussi la suite de sa carrière.

 

Salut Dehmo ! Tout d’abord, peux-tu résumer ton parcours dans le rap en quelques mots ?

Mon parcours dans le rap a commencé en 2007 mais j’ai pris les choses plus sérieusement à partir de 2012, avec la formation de la MZ. Le groupe s’est séparé en 2016 et ma carrière solo a vraiment commencé cette année, début 2017. On a d’abord sorti quelques extraits avant d’enchaîner directement avec « Ethologie », qui représente en quelque sorte ma carte d’identité musicale.

Le quartier de Chevaleret où tu as grandi, dans le 13ème arrondissement de Paris, tient une place assez importante dans ton parcours et dans ta musique.

En effet. Ce quartier, c’est un peu comme une seconde mère. C’est là-bas qu’on se retrouvait avec tous mes potes, qu’on a fait les 400 coups. C’est aussi là-bas que j’ai commencé le rap, notamment en cours parce que je m’ennuyais beaucoup. A l’époque, j’étais fan de rap français.  Je n’écoutais que ça et je peux te dire qu’il y avait beaucoup moins de rappeurs qu’aujourd’hui dans le quartier. Devenir rappeur à l’époque, c’était une sorte de rite initiatique, de baptême étrange.

Tu as connu un certain succès avec la MZ, marqué par de nombreux showcases, des tournées importantes, des ventes assez solides et un public fidèle. Comment vis-tu ta première sortie solo ? Est-ce que tu appréhendes la manière dont cette mixtape va être reçue ?

Je me sens plutôt à l’aise par rapport à cette première sortie en solo. J’ai pris tout ce qui s’est passé avec la MZ comme une bonne expérience. Aujourd’hui, cette page est tournée et je dois me concentrer sur la suite de ma carrière. J’ai réussi à construire mon projet et je suis plutôt content du résultat donc je me jette à l’eau et je ne me prends pas trop la tête. Dès lors que j’arrive avec un projet qui me plaît, j’accorde assez peu d’importance à ce que les gens peuvent en penser. Si le projet est reçu de manière positive, je serai évidemment content mais je ne prête pas d’attention particulière à mes détracteurs. Tout le monde a le droit d’avoir son avis. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas.

Après la séparation de la MZ en Décembre 2016, as-tu tout de suite su que tu allais prolonger l’aventure en solo ou as-tu envisagé à un moment d’arrêter la musique pour te consacrer à autre chose ?

J’ai su tout de suite que j’allais continuer la musique. Il y a tout de même eu un court moment de réflexion durant lequel je me suis demandé si je n’allais pas en profiter pour faire autre chose mais comme je suis un véritable passionné, la musique a vite repris ses droits. J’ai compris à ce moment-là que je n’aurais jamais la même envie de faire autre chose.

Ta mixtape s’appelle « Ethologie » : la science qui s’intéresse aux comportements animaux au sens large, y compris ceux de l’homme. Tu parles beaucoup de ta famille, de tes potes, des rapports humains en général. As-tu fais un effort conscient pour te prendre toi-même comme cobaye de cette éthologie et pour en dévoiler davantage sur toi et sur ton quotidien ?

Les choses se sont faites naturellement et je n’ai pas eu l’impression de fournir un effort particulier en ce sens. Quand je fais de la musique, j’y vais toujours au feeling et je me suis dit qu’il fallait continuer à procéder comme je l’avais toujours fait. Le titre « Ethologie », je l’ai d’ailleurs trouvé sur le tard, en réécoutant le projet presque terminé. Je ne l’avais pas dès le début. Je me suis rendu compte que ça collait vraiment à tout ce que j’y évoque, que ce titre définissait bien le projet. En d’autres termes, c’est le projet qui a déterminé le titre et non le contraire. Je n’ai rien calculé du tout. J’ai juste fait les morceaux que j’avais envie de faire au feeling. Au fur et à mesure, le projet a pris une direction introspective qui n’était pas préméditée et à laquelle ce titre correspondait parfaitement. Je me suis d’ailleurs un peu découvert à travers ce projet. Je pense que c’est assez naturel de se parler à soi-même, de se poser des questions, y compris à voix haute dans la musique car on pense constamment. Nos souvenirs et nos expériences interviennent au même titre que notre rapport au présent ou à l’avenir.

Tu es né en Côte d’Ivoire et sur Ethologie, un morceau est intitulé « Abidjan est doux ». On a l’impression que tu établis un contraste entre Paris qui est une ville plutôt stressante, où tu vis tes galères et tes prises de tête, et Abidjan qui apparaît comme une sorte de paradis perdu, un refuge, un îlot de sérénité où tu peux t’évader de tes préoccupations et souffler de cette vie parisienne frénétique. Un peu à la manière de Doc Gynéco sur « Né Ici ».

Je ne l’avais pas vu comme ça mais c’est une interprétation assez juste. Ce morceau, c’est en quelque sorte mon « Hakuna Matata ». C’est un titre très introspectif en même temps qu’un clin d’œil à mon pays d’origine. C’est finalement assez logique car souvent, c’est dans la ville où tu habites que tu es confronté à un certain nombre de problèmes tandis que l’endroit où tu pars en vacances, c’est celui où tu t’échappes de tout ça, où tu te sens plus calme et où tu respires mieux. C’est un peu comme si tes difficultés restaient circonscrites à l’endroit où tu vis sans pouvoir te suivre lorsque tu t’en éloignes. La distance avec ton environnement quotidien te permet de décompresser, et ce quelle que soit la ville d’où tu viens et celle où tu voyages. En l’occurrence, je parle de Paris et d’Abidjan mais j’aurais pu dire la même chose en prenant deux autres villes.

Sur ce projet, on a l’impression dans la manière dont tu rappes et dont tu poses ta voix que tu prends plus le temps, que tu es moins dans l’urgence qu’auparavant.

A mes débuts, c’est vrai que je laissais beaucoup moins les instrus respirer. Je venais de découvrir que je savais rapper, j’avais la dalle et donc j’avais envie de kicker sévère. J’étais plus attiré par le côté vénère du rap, par cette idée de « représenter le quartier ». Ca me paraissait ennuyeux de laisser même une demi-mesure de repos sans rapper dessus : j’avais vraiment à cœur de kicker tout le long de l’instru, du début à la fin. Aujourd’hui, je pense que j’ai mûri et acquis une certaine maturité par rapport à ça. Je ne suis plus simplement un rappeur cantonné à kicker en permanence mais je suis un également un artiste qui essaie de s’inscrire dans quelque chose de plus global, de plus complet que ça. Ces deux dernières années, j’ai vraiment appris à construire des morceaux et à me pencher davantage sur la musicalité.

Pour finir, comment envisages-tu la suite ? Est-ce que tu bosses actuellement sur un prochain projet ?

Je bosse sur mon prochain projet dont le titre et le format sont encore confidentiels donc je ne peux pas t’en dire plus. Tu peux l’appeler « X » si tu veux (rires). J’espère aussi tourner pas mal avec « Ethologie » et continuer à rencontrer tous ceux qui me suivent et qui apprécient ma musique un peu partout en France.

Merci beaucoup Dehmo d’avoir pris le temps de nous répondre et bonne chance pour la suite !

Le Wu-Tang Clan revient avec « The Saga Continues »

 

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Des millions d’albums vendus, une école du hip hop authentique qui a marqué toute une génération et dont ils sont les pionniers, et aujourd’hui, la bagatelle de 8 albums solo dont aucun échec : qu’on se le dise, Wu-Tang’s forever ! En effet, le mythique groupe de Staten Island est loin d’avoir lâché son dernier couplet puisqu’il est aujourd’hui de retour dans les bacs avec un nouvel album, intitulé « The Saga Continues ».

Il y a quelques jours, le crew avait dévoilé le clip de « People Say », le single phare du projet.

Ces MCs maîtrisent le rap comme le moine Shaolin manie le sabre, et ce depuis leurs débuts en 1993. Le groupe a tout réinventé, s’est tout réapproprié : les flows, les thèmes, les attitudes, les instrus, et même le halo de mysticisme qui l’entoure, lequel confère parfois à ses membres l’aspect de véritables shamans. Dans les textes, nos sorciers œuvrent toujours pour la propagation des véritables valeurs du hip hop, comme l’authenticité ou l’élévation des consciences. Le titre du projet rappelle aussi la dimension cinématographique de leur œuvre, innervée d’extraits de films qui tiennent souvent lieu de skits et d’autres clins d’œil plus subtils au 7ème art.

Comme sur les précédents projets, les humeurs varient. On trouve quelques bangers bien street, comme ”If What You Say is true”, ”Hood Go Bang” ou encore ”Frozen” tandis que d’autres titres sont plus mélancoliques, comme l’excellent ”If Time is Money”.

RZA a choisi de laisser les commandes à DJ Mathematics, proche du groupe depuis longtemps qui a su apporter sa propre touche aux prods de ce dernier opus tout en conservant intact l’édifice intemporel du Wu. Les instrus jazzy, voire même groovy, existaient déjà dans leur discographie mais Mathematics a introduit quelques notes supplémentaires, notamment au niveau des basses, qui soulignent astucieusement le talent de RZA et relèvent encore un peu le génie de ses sonorités.

Les affiliés de toujours Killah Priest et Streetlife font partie des contributeurs, tandis que Redman, Chris Rivers et le regretté Sean Price (R.I.P.) figurent parmi les invités hors-Wu.

Si toute sortie du Wu-Tang est nécessairement un événement sur la planète rap, précisons tout de même qu’il s’agit en réalité d’une compilation, laquelle s’inscrit dans le sillage des précédents Chamber Music (2009) et Legendary Weapons (2011). Ainsi, seulement deux tracks sont attribuées au Wu-Tang Clan dans sa totalité, les autres comprenant au moins un membre du groupe. Il n’empêche que ce projet a été qualifié de « chef-d’oeuvre » par RZA, le producteur historique du Wu.

En définitive, « The Saga Continues » est un disque qui alterne savamment entre métaphores poétiques et punchlines plus rudes pour faire résonner un peu de New-York dans nos oreilles.

Tracklist :

1. Wu-Tang the Saga Continues Intro f. RZA
2. Lesson Learn’d f. Inspectah Deck and Redman
3. Fast and Furious f. Hue Hef and Raekwon
4. Famous Fighters (Skit)
5. If Time is Money (Fly Navigation) f. Method Man
6. Frozen f. Method Man, Killah Priest and Chris Rivers
7. Berto and the Fiend”(Skit) f. Ghostface Killah
8. Pearl Harbor f. Ghostface Killah, Method Man, RZA and Sean Price
9. People Say f. Wu-Tang Clan and Redman
10. Family (Skit)
11. Why Why Why f. RZA and Swnkah
12. G’d Up f. Method Man, R-Mean and Mzee Jones
13. If What You Say is True f. Wu-Tang Clan and Streetlife
14. Saga (Skit) feat. RZA
15. Hood Go Bang! f. Method Man and Redman
16. My Only One feat. Ghostface Killah, RZA, Cappadonna and Steven Latorre
17. Message
18. The Saga Continues Outro f. RZA

Ecouter « The Saga Continues » : https://www.youtube.com/watch?v=OrdCt7AOg

 

 

Westside Gunn- Flygod

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Originaire de Buffalo dans l’état de New-York, à 600 bornes environ de NY City, et aujourd’hui délocalisé à Atlanta, en Géorgie, Alvin Worthy, alias Westside Gunn, est davantage un rappeur charismatique qu’un grand technicien. On l’aime généralement pour ses gimmicks scélérates, pour la tonalité dystopique de ses textes ainsi que pour ses sonorités froides, en somme pour sa personnalité d’écorché vif. Correspondance singulière entre le fond et la forme, particulièrement marquée sur ce dernier opus : son flow traîne sur les instrus à l’instar du gamin des rues qu’il était jadis, lorsqu’il s’évertuait encore à y trouver les moyens de sa propre survie tout en caressant le rêve lointain d’une prestigieuse carrière de rappeur pour enfin sortir du dénuement.

Celui qui a été élevé par The Worst City On Earth, bien plus en tout cas que par ses parents, a le mérite d’être resté fidèle à ses racines et donc à une certaine idée de son art. « My style is real classic, gutter, New York boom bap feel », déclarait-il ainsi à Nahright en 2015. Ce qui est certain, c’est qu’après avoir passé 4 ans à peaufiner le dosage de sa potion magique sur la série de mixtapes Hitler Wears Hermes (1,2, 3 et 4comme sur les EP Roses Are Red… So Is Blood (produit par The Purist), Griselda Ghost, Don’t Get Scared Now (avec le concours toujours remarquable du frangin Conway) et There’s God And There’s Flygod, Praise Both, il est devenu à 33 ans l’une des figures incontournables du rap « d’inspiration new-yorkaise ». Il était donc grand temps pour lui de se lancer dans l’aventure du premier album.

Sur Flygod, le rappeur de Buffalo nous emmène en croisière dans la paume du ghetto, où la ronde sans fin des sachets de poudre et des liasses de billets imite dans une glaçante symétrie celle des gyrophares qui en sillonnent les artères. L’équipage réuni pour l’occasion fait la force de l’album. Il se compose à la fois de vieux corsaires voguant depuis bien longtemps sur les eaux troubles du rap game (Roc Marciano, Action Bronson, Apollo Brown, Danny Brown, Chase, Q-Bert, Alchemist, Statik Selektah, Skyzoo) et de jeunes matelots moins expérimentés mais tout aussi talentueux (Meyhem Lauren, Camouflage Monk, Your Old Droog et bien d’autres). En compagnie de notre capitaine et de la tronche en biais du frangin Conway, son commandant de bord de toujours, on remonte la côte Est de Miami jusqu’à la frontière canadienne, en passant par Baltimore et Fairfax. Un pèlerinage interminable à travers la jungle urbaine, toute aussi violente et peut-être même plus cruelle encore. Une jungle qui ne s’interdit rien et a depuis longtemps brouillé les frontières entre le simple racket d’opportunité, le braquage à main armée et le meurtre prémédité en bande organisée.

Conway lui-même en a fait les âpres frais en 2012 : alors qu’il est au volant de sa voiture, il réchappe de justesse d’une fusillade qui laissera néanmoins le côté droit de son visage gourmé à vie à raison d’une hémiplégie faciale. WSG en a lui aussi connu la crasse et la dureté, à travers la proximité des gangs, les règlements de comptes, la confrontation avec les forces de l’ordre et les murs d’une cellule entre lesquels il aurait pu finir ses jours s’il n’en avait, comme son frère, réchappé in extremis. En décidant de se reprendre en main, à la suite du décès brutal d’un proche…

C’est ce retour à l’état de nature sans concession, qui décime sa ville, que nous raconte l’album. Notre itinéraire s’annonce donc pour le moins risqué. Mais le plan de navigation est fixé et il n’est pas question d’en dévier. Avant que le vaisseau ne lève l’ancre et ne s’engouffre inexorablement dans les interstices du ghetto, enfilez donc dès à présent votre gilet pare-balles car ici (comme ailleurs), votre gilet de sauvetage classique ne sera d’aucun secours.

Sur les nappes éthérées et lancinantes de Tommy Daringer, beatmaker maison de Griselda Records et principal producteur de l’album, WSG nous plonge dans une ambiance de coupe-gorge et survole en images souvent poignantes les basses besognes de cet organigramme ombrageux. Il se pose en témoin privilégié d’une véritable nébuleuse d’activités clandestines, dont il donne à voir tous les échelons et tous les vices, du corner boy en mal de fortune au druglord réputé intouchable tôt ou tard rattrapé à son tour par une réalité bien différente (« Free Chapo »). « Fly Street Shit », comme il le résume lui-même. A cet égard, son écriture plutôt métaphorique, son style de « survol » caractérisé par des ellipses fréquentes et des évocations qui, pour être décousues, n’en sont pas moins gorgées de détails, accentuent encore la cohérence du titre du projet.

A mesure qu’on aborde aux silhouettes enténébrées peuplant les rues, d’où suintent comme d’une plaie infectée tous les périls de ce monde interlope, on pénètre le nuage névrotique de l’enfant des banlieues malfamées de Buffalo. La drogue, l’argent, les flics et donc, fatalement, les balles qui virevoltent partout telles des moustiques de plomb en Amazonie urbaine. Omniprésent dans la conscience du rappeur, leur bourdonnement sordide ne quittera d’ailleurs pas un instant les tranchées d’un album de guerre aux paroles rudes et à l’ambiance résolument martiale. Comme un clin d’œil à son blaze, WSG a remplacé les drums par le fracas des rafales sur plusieurs morceaux (« Dunks », « Shower Shoe Lords », « Hall », « Free Chapo », « Chine Gun »). Meilleur exemple de ces instrus sans percussions : le titre  « Dudley Boyz », signé Alchemist, sur lequel les chœurs de violons associés aux bars d’Action Bronson transportent au beau milieu d’un ring de catch flottant en apesanteur.

La plupart des productions, lentes, minimalistes et sombres, installent une atmosphère menaçante qui fait écho à des artistes de la Big Apple tels Mobb Deep ou Roc Marciano. Après la collaboration entre Prodigy et Conway sur le mini EP Hell Still On Earth  (dont le titre rend hommage au troisième album de Mobb Deep), il n’est donc pas surprenant de retrouver ici Roc Marciano, à la production de « Hall » et au micro pour une prestation de haut vol sur l’excellent « Omar’s coming ». Dans une tentative franchement réussie de réconcilier la rue avec le boom-bap new-yorkais classique, conformément aux ambitions affichées du label, cette référence au personnage mythique de la série The Wire vient compléter le cursus en gangsterologie proposé par WSG, aux côtés d’El Chapo, Scarface ou Don Corleone pour ne citer qu’eux. Les instrus accompagnent à la perfection la voix juvénile de notre écorché vif, laquelle n’est jamais autant sublimée que par le contraste avec le style démesurément brut de Conway. Cet équilibre subtil entre les deux hommes est assurément l’une des forces vives de Griselda, et fait d’eux l’un des duos les plus intéressants du rap US ces dernières années.

Le projet fait également la part belle au chant des sirènes, autant celles du triangle des Bermudes (intro de « Shower Shoe Lords », « Hall », « Mr. T ») que celles des patrouilles de police qui quadrillent les quartiers déshérités de la ville. Saluons par ailleurs les précieux scratchs de Q-Bert sur « King City », les saxos langoureux de « Chine Gun », la présence de Meyhem Lauren, étoile montante et pote d’Action Bronson qui s’illustre avec panache sur « Over Gold », celles de Statik Selektah et de l’impeccable Skyzoo sur « 50 Inch Zenith », sans oublier enfin la prestation d’Apollo Brown, caution soul du rap game qui nous propose comme souvent la prod la plus chaleureuse du projet avec le brillant « Mr. T ».

Au total, Flygod est un premier album original et authentique qui transpire autant la personnalité de WSG que l’anxiété, la crasse et le sang qui sont la loi des ghettos durs. Loin de se fondre dans une scène de l’underground new-yorkais qui a dernièrement la fâcheuse tendance à multiplier les clônes, le rappeur de Buffalo prend ici un départ prometteur en livrant un véritable must-have du downtempo sombre et glacial.

En un mot comme en cent, Flygod figure incontestablement parmi les 10 meilleurs albums de 2016.

Date de sortie : 11 mars 2016 // Label : Griselda Records

Ecouter l’album

Tracklist :

  1. Dunks (feat. Conway) (Prod. Daringer)
  2. Gustavo (feat. Keisha Plum) (Prod. Daringer)
  3. Shower Shoe Lords (feat. Benny) (Prod. Daringer)
  4. Vivian at the Art Basel (feat. Your Old Droog, prod. Camoflauge Monk)
  5. Hall (prod. Roc Marciano)
  6. Free Chapo (feat. Conway) (Prod. Daringer)
  7. Over Gold (feat. Meyhem Lauren) (Prod. Daringer)
  8. Bodies on Fairfax (feat. Danny Brown) (Prod. Daringer)
  9. Chine Gun (Prod. Daringer)
  10. King City (feat. Mach Hommy & DJ Qbert, prod Tha God Fahim)
  11. Omar’s Coming (feat. Roc Marciano & Conway) (Prod. Daringer)
  12. Mr. T (prod. Apollo Brown)
  13. 50 in. Zenith (feat. Skyzoo, prod. Statik Stelektah)
  14. Sly Green Skit (Prod. Daringer)
  15. 55 & a Half (Prod. Daringer)
  16. Albright Knox (feat. Chase) (Prod. Daringer)
  17. Dudley Boyz (feat. Action Bronson, prod. The Alchemist)
  18. Outro (feat. Bro A.A. Rashid, prod. Camouflage Monk)

Gucci Mane – Everybody looking

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Gucci Mane, la pieuvre des Atlantes

Atlanta, 26 Mai 2016. Après 3 ans passés derrière les barreaux pour détention d’armes à feu et de stupéfiants, Radric Davis, alias Gucci Mane, sort de prison. Arrêté à plus de 10 occasions depuis 2005 et déjà incarcéré à plusieurs reprises depuis 2010 pour possession de cocaïne ou pour l’attaque à main armée d’un club de sa ville, celui qu’on désigne volontiers comme le Boosie local en raison du rythme effréné de ses projets comme de ses allers-retours au trou a cette fois la ferme intention de s’en tenir à la musique et de ne pas retomber dans ses travers. « I’m not tryna’ go back », selon les propres mots de l’intéressé. Et depuis sa sortie, on ne peut que se réjouir de constater que Mr. Zone 6 a pris son engagement très au sérieux. Si sa condamnation ne l’avait pas empêché de sortir quelques mixtapes de bonne facture ici et là durant son séjour à l’ombre, comme le triptyque Breakfast / Lunch / Dinner, sa production exponentielle depuis son retour aux affaires déploie ses tentacules dans tous les studios de la région et bien au-delà. Des collaborations variées et souvent réussies que Guwop enfile comme des perles avec ses fils spirituels (Young Thug, Migos, Future…) et autres Common, Pusha T, Rick Ross, 2 Chainz pour ne citer qu’eux. Profitant de la tranquillité et de la sobriété imposée des profondeurs, la pieuvre des Atlantes n’a pas cessé d’écrire tout au long de sa détention, la faim et la gagne au ventre, comme en témoignent les lyrics griffonnées partout sur les murs de sa cellule. L’ensemble des textes d’ Everybody looking, sorti sur Atlantic Records le 22 Juillet dernier, a ainsi été écrit derrière les barreaux. Il paraît même que Guwop n’aurait passé qu’un très court moment à la pool party organisée pour célébrer sa libération, préférant filer directement en studio pour enregistrer l’album. Ce qui fut fait en seulement 6 jours.

Pawlice !

A l’arrivée, ce projet très attendu qui devait marquer le grand retour du Trap God à la liberté est largement à la hauteur des attentes qu’on pouvait en avoir. Résultat d’une introspection longue de 3 années menée en milieu carcéral : Guwop déteste toujours autant les flics (si ce n’est plus) et enfonce le clou de son hostilité en travers de leur gorge dès la première track, « No Sleep » : « I can’t even sleep I got so much to say / Fuck the feds, fuck the police, fuck the DEA / I can’t even sleep I got so much to say / Ex-drug dealer, used to sell a brick a day ». Cet esprit frondeur qui tient lieu de leitmotiv à l’ensemble de l’album se retrouve notamment sur « 1st Day Out Tha Feds », premier titre enregistré chez lui après sa libération sur lequel il diapre le corps policier d’un énième œil au burr noir. Celui-ci apparaît comme la suite logique de « 1st Day Out » qui avait marqué sa première sortie de prison sur l’album Writing On Da Wall en 2008.

 

 

Au demeurant, l’incarcération aura cette fois été l’occasion d’un bilan et d’une désintoxication forcée dont témoigne son impressionnante perte de poids  : c’est la tête sur les épaules, mûri, que Gucci sort de taule, et si sa musique baigne toujours dans une atmosphère de trap house, le projet prend également sur certains morceaux des airs de journal intime. Gucci alterne ainsi avec brio entre pur ego trip et lyrics plus profondes et personnelles, se confiant par exemple sur ses regrets ou sur l’épreuve de la désintoxication, expliquant que la prison lui a permis de se libérer de ses démons comme de son addiction à la drogue mais également de se refaire une santé.

 

Insane in the Mane Brain

Mais ne nous y trompons pas. Si Gucci est à présent sevré, les flux traversant Spaghetti Junction – le serpent de dope qui alimente la région – n’ont pas oublié de ravager sur leur passage l’esprit de son rappeur icône. Sur la plupart des morceaux de ce 5ème album en major, celui-ci reste bien le dealer glacial des rues d’Atlanta qui refourgue de la poudreuse à tour de bras, le hustler ultime et stupéfiant qui a su au fil des années étendre son territoire pour finalement conquérir jusqu’à nos oreilles au moyen d’une trap vertueusement coupée. Ainsi, Guwop met les voiles depuis sa geôle de la périphérie pour rejoindre la ville au volant d’un poids lourd toujours chargé à bloc, en compagnie de ses producteurs historiques Zaytoven et Mike WiLL Made It qui se révèlent une fois encore être de parfaits copilotes. Cinq ans après Return of Mr Zone 6, on retrouve des productions denses qui installent une atmosphère toute à la fois brute et teintée de mélancolie, sur lesquelles Gucci rappe avec gourmandise, évitant de réitérer l’erreur commise sur The State vs. Radric Davis (2009) ou The Appeal: Georgia’s Most Wanted (2010) de mêler son rap très cru à du R’n’B de midinette.

 

Veni, Vidi, Gucci

Le projet compte 3 featurings avec 3 des rappeurs les plus influents du moment : Young Thug entonne sur « Guwop Home » les louanges du père spirituel qui a contribué à son ascension (comme à celles de Waka Flocka Flame ou Young Scooter dont il a également lancé les carrières), Kanye West l’accompagne sur la délicieusement oppressante « Pussy Print » et Drake apparaît au refrain de l’entraînant « Back On Road ». Le choix d’avoir minimisé les featurings mérite d’être salué à la fois parce qu’il marque la rupture avec le format mixtape, parce que ces 3 morceaux sont bons et parce que, stratégiquement et symboliquement, il permet au chef de file de 1017 Records de rappeler son rang de légende aussi bien à ses fans qu’à ses pairs. Car il est au moins autant respecté pour ses qualités de rappeur qu’en tant que découvreur de talents, comme il le rappelle subtilement sur « All My Children » : « I can take a dope boy and make him go platinum ».

 

 

Au total, Everybody looking nous semble pouvoir être qualifié de versant trap d’All Eyez On Me de Tupac, rien de moins, tant il constitue au même titre un classique instantané du genre auquel il appartient. Pour ce qui nous concerne, on souhaite à la pieuvre fraîchement sortie de l’aquarium et revenue à son élément naturel de poursuivre avec la même intelligibilité la reconquête de son statut de léviathan du rap game. Et de s’ébattre encore longtemps dans des lagunes de lean. Par la musique, bien évidemment.

 

 

Et puisque c’est bientôt les fêtes, on vous offre en bonus une petite comptine de Noël burrprintée à souhait :

Ecouter l’album

Date de sortie : 22 Juillet 2016 // Label : Atlantic Records

Tracklist :

1. No Sleep (Intro)
2. Out Do Ya
3. Back On Road
4. Waybach
5. Pussy Print (feat. Kanye West)
6. Pop Music
7. Guwop Home (feat. Young Thug)
8. Gucci Please
9. Robbed
10. Richest Nigga In The Room
11. 1st Day Out Tha Feds
12. At Least a M
13. All My Children
14. Pick Up The Pieces (Outro)

PNL – Dans la légende

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Aux Etats-Unis, le label californien T.D.E. enchaîne depuis quelques 24 mois environ les projets d’une grande qualité, sous la direction virtuose de son fondateur et CEO Anthony « Top Dawg » Tiffith. Figure de proue du label n’ayant déjà presque plus rien à prouver après la consécration grammystique de To Pimp A Butterfly, le flow bolide de Kendrick Lamar lévite sur les notes d’un G-funk revitalisé aux couleurs du jazz et du gospel, comme Aladdin sur son tapis volant fuyant dans une course effrénée la vague de lave à ses trousses après avoir volé la lampe magique. Dans son sillage, Isaiah Rashad s’est inscrit sans conteste comme l’une des révélations de ces dernières années, tandis que le gangsta rap instrumental de ScHoolboy Q continue de surprendre en se perfectionnant de projet en projet.

Du rap vocodé jusqu’à l’OD

A l’opposé du spectre, en France, on trouve PNL, succès nucléaire de la production rap indépendante dont le troisième album, Dans la légende, vient de sortir le 16 Septembre dernier. Le projet persiste dans l’exploration de cette tension thématique et mélancolique entre le dealer fragile et le mafieux qui va te faire la peau. On y retrouve les marqueurs qui ont fait le succès commercial des précédents albums, entre les références à la « miff » qui va toujours bien (nous voilà rassurés…) et sur laquelle les deux frères des Tarterêts ont toujours à coeur de veiller, le rejet voire la haine des médias, le célèbre chimpanzé devenu pensionnaire de Skyrock de retour dans le clip du morceau d’ouverture « DA », le biz et les fours naturellement, le passage de la tess grise aux vacances ensoleillées dans une station balnéaire (sans doute payées en liquide) comme symbole d’un ascenseur social en panne qui ne laisse plus aux jeunes des quartiers que les voies de l’illégalité pour tenter de s’en sortir.

 

Il reste que le problème majeur de l’album (comme d’ailleurs de PNL en général) éclate une fois encore au visage dès la première écoute. C’est l’extrême pauvreté des paroles et le fait que N.O.S et Ademo tentent de nous en masquer le manque crucial d’intérêt par un gavage à l’auto-tune digne de celui habituellement réservé aux oies destinées à la production de foie gras. Lequel voudrait passer pour une expression cloud rap made in France.  A défaut d’être avant-gardistes dans leurs paroles ou dans leur proposition sonore, les frères de PNL sont assurément en avance sur les fêtes de fin d’année.

L’autre écueil du projet réside dans l’accent improbable qui habite inlassablement le flow des deux frères, sensé retranscrire la prééminence de l’agressivité et de la violence dans les quartiers qui les ont vu grandir. Aussi implacable qu’une descente de flics au beau milieu d’une session de découpe de savonnettes, c’est en effet l’ensemble de l’album qui en est imprégné. Sans doute venu d’une cité située sur une autre planète – vraisemblablement « Uranus », 15ème piste de l’album, dont on aperçoit le reflet dans leurs lunettes de soleil sur la pochette du disque -, cet accent ne peut manquer d’intriguer en ce qu’il est propre à PNL et ne semble se retrouver chez aucun autre rappeur.

La Tess vue du ciel

En matière de clips, les choix du tandem sont mieux inspirés et opposent deux esthétiques. L’une est celle de la bicrave sans détour, sombre et étouffante, qui emprunte à la série « Gomorra » ses travellings aériens sur des kilomètres de barres d’immeubles pour suggérer le bouillonnement d’activités illégales qui s’y déroulent 24 heures sur 24. Une version périurbaine de la « Terre vue du ciel » de Yann Arthus-Bertrand, sculptée dans le béton des tours de la cité. Le clip du morceau   « Le monde ou rien » a d’ailleurs été tourné à Scampia, dans la banlieue de Naples.

L’autre, éclairée par la lumière des grands espaces et des paysages naturels, traduit au contraire l’apaisement d’être enfin sorti de l’asphyxie des fours. Elle tranche avec la précédente au moyen de plans panoramiques qui placent le duo face à l’océan, au lac ou à la montagne, où ils jouissent enfin d’une sérénité que leur interdisait jusqu’alors cet air irrespirable. Le quotidien du dealer sans gloire reste au centre des textes mais il n’appartient plus ici qu’à un passé révolu dont leur succès les a enfin délivré et auquel il n’est pas question de revenir.

 

Aladdin plutôt que Mowgli et Simba

Au total, le disque porte assez mal son titre et constitue davantage du rap de corbeille qu’il ne représente le rap de Corbeil-Essonnes. C’est d’autant plus regrettable que les instrus considérées pour elles-mêmes sont, comme elles l’étaient déjà sur « Le monde chico », souvent planantes et plutôt bien ciselées. PNL, c’est donc en quelque sorte la soupe populaire du rap français, celle qui se borne à remplir sa mission de rassasier les foules (pour des raisons qui nous échappent, l’album était en effet très attendu) mais dont le goût laisse franchement à désirer.

Pour ce qui nous concerne, et bien au-delà des palmiers et du soleil qui y règne, on préfère ainsi largement la compagnie californienne de T.D.E et de sa nouvelle vague West Coast que celle des frères Andrieu. La bonne surprise viendra peut-être d’un prochain opus mais d’ici là, PNL reste bien plutôt dans la débande que Dans la légende.

Dans la légende – 4 titres en écoute :

DA

Naha

J’suis QLF

La vie est belle

 

 

Pusha T : King Push – Darkest Before Dawn : The Prelude

Pusha T : King Push – Darkest Before Dawn : The Prelude

Plongée dans les travées psychologiques de la vie de gangster

Dans la petite ville de Norfolk, en Virginie, Pusha T a remplacé le traditionnel ciment des fondations des tours de banlieue par des sacs de farine. Plus pratique pour la cuisson des petits pains et leur distribution à grande échelle.

Livré avec un court-métrage, King Push – Darkest Before Dawn : The Prelude est le deuxième album solo de la moitié sombre des Clipse, sorti le 18 Décembre 2015 sur GOOD Music et Def Jam Recordings. Il annonce en une dizaine de titres le très attendu King Push prévu pour Juillet 2016 et d’ores-et-déjà évoqué comme l’un des événements majeurs de l’année. Et dès la première écoute, on est envahi par la sensation que le projet tient toutes ses promesses.

Si l’album réunit autour d’un univers toujours centré sur le deal de cocaïne, un casting riche et varié de producteurs (Kanye West et la motherfucking « clique » de son label en tête, Puff Daddy, Q-Tip, J.Cole, Timbaland, Hudson Mohawke, The-Dream, Boi-1da, Metro Boomin), il évite cependant soigneusement l’écueil du carnaval indiscipliné de titres. A la différence du dernier opus de Kanye, The Life Of Pablo, lequel n’avait à cet égard que peu convaincu, Darkest Before Dawn fait en effet preuve d’une cohérence esthétique indiscutable. Plongée vertigineuse dans les travées psychologiques de la vie de gangster.

D’entrée de jeu, Pusha T s’érige en super-héros du deal qu’il incarnera tout au long de l’album ; sorte de Dieu seul détenteur d’un produit ultimement pur, implacable, propre à faire vaciller tout notre univers dès la première prise (« As a God amongst men / Rinsed drug money, I done paid for my sins / Books and the lawyers, I done paid for my friends / Still held back, I done paid with my skin / The only thing missing is a cape on me / You niggas wanna tag a late, great on me / Put the fears in my peers, heard my footsteps coming from the rear / Now it’s murder was the case homie »). La couleur est d’ailleurs annoncée dès les toutes premières paroles de l’intro: l’album sera blanc, du début à la fin, sans répit possible. Blanc pur, blanc poudre. Un long-courrier à travers de fortes turbulences, effectué d’un trait, sans escale, angoissant sur toute la ligne. Sans un seul instant laissé à la conscience pour s’aviser d’une éventuelle rédemption ou même d’un simple retour sur soi. « Leave your conscience at the door / We done hid the monsters in the floor / I speak to the trap lords and niggas with their hands in the white like blackboards », s’élance ainsi Push sur une production de Metro Boomin et Puff Daddy, laquelle fait clairement écho au son Coke Wave cher à Max B et French Montana. Nous voilà prévenus. Autant préparer d’emblée les pailles pour affronter la suite (car King Push prêche toujours un peu pour sa paroisse).

 Intouchable ?

Avec « Untouchable », Timbaland achève d’enclaver au sein de l’album un climat d’anxiété suffocante qui ne le quittera plus. Communion pénétrante entre un sample de Notorious B.I.G. et une boucle minimaliste qui vient l’habiller dans des tons lugubres, le single constitue un double hommage rendu à ce dernier, que Pusha T considère d’ailleurs en interview comme « the greatest rapper who’s ever lived ». L’hommage réside en effet autant dans l’utilisation d’un sample du morceau « Think B.I.G. » en guise de refrain que dans les premières paroles du titre qui, associées à ce sample, saluent indirectement la qualité des lyrics de Biggie. Le vétéran des Clipse y livre un ego trip net et sans bavures, acide, lapidaire, toujours aussi immédiatement efficace et qui a pour ambition manifeste de le positionner, à l’instar de son idole, dans les sommets du rap game. Après avoir aligné sur le peloton d’exécution l’ensemble de ses confrères – très nombreux ces temps-ci – qui s’obstinent à l’omniprésence en multipliant les projets creux uniquement pour occuper le terrain ( « I drops every blue moon / To separate myself from you kings of the YouTube / I am more U2, I am like Bono with the Edge »), il réaffirme sa détermination sans faille à prendre toute sa place dans le haut du tableau, corollaire de son mépris affiché pour les MCs qui n’ont ni le courage, ni la verve, ni le “juice” nécessaires pour en faire autant  (« I’m aiming for the moguls / Why y’all niggas aiming at the locals ? And rap niggas broke like them, they’re mere hopeful / Still wishing on a star… »).

Portée par une trame ondulatoire – thrène lancinant d’un synthé lourdement perfusé à la codéine –, cette deuxième piste propose une identité sonore particulière qui se distingue assez nettement des sirènes de la trap d’Atlanta, plus perçantes et plus corrosives. L’arrangement rôde autour de la voix du rappeur ainsi qu’un couteau à cran d’arrêt pressé contre sa carotide du début à la fin du titre. Comme pour rappeler qu’en dépit de l’invulnérabilité triomphante dont il se targue, le spectre de la surveillance policière de ses activités n’est jamais très loin (« They tryna’ pin this trafficking on me like Mano and Tony / My thoughts spilling over / The soft ceiling’s open, I Cross-Fit the coca / Yuugh! It’s a different calisthenics when I do the Lennox… »). En ce sens, « Untouchable » apparaît tant dans la forme que sur le fond comme la mise en scène oppressante d’un jeu du chat et de la souris à hauts risques, où le couperet fédéral balance inlassablement au-dessus des têtes des pourvoyeurs de poudre tapis dans l’ombre et où il menace constamment de faucher les impudents qui oseraient voler trop près du soleil.

 Les liasses ou la lumière

« M.F.T.R. » (acronyme de « More Famous Than Rich ») prolonge la métaphore de son statut de déité juchée sur son trône d’ivoire, filée tout au long de l’album (« Would you question could I swim if you saw me walking on water? / Yeah, while every song got a rapper dance / Yuugh, I’m drug money like Dapper Dan / No retirement plans, no Derek Jeters / We all know I did it; Rodriguez »). A la suite de cette première invective en forme de balle perdue (que les périls de l’industrie ont le plus récemment logé dans la tête de Bobby Shmurda), ce morceau pose avec acidité la question de l’importance qu’un MC doit accorder à l’argent, à la célébrité ou encore au respect de ses pairs dans le cadre de sa carrière. Devenu classique dans la tumultueuse industrie actuelle du hip-hop, le thème de l’arbitrage individuel entre ces trois réalités inhérentes à l’office suscite de la part du rappeur de Norfolk une rafale de critiques acerbes à l’égard de certains de ses confrères. Car lui a depuis bien longtemps choisi son camp : c’est l’argent qui occupe le pinacle de la pyramide, qui tient lieu de valeur suprême de cette Sainte-Trinité. Loin devant la célébrité à laquelle nombre d’autres rappeurs sont bien plus attachés. Décidé à tirer un trait sur les illusions, Pusha T s’inscrit donc ici en pourfendeur des faux-semblants et contre-vérités trop souvent véhiculés par la culture hip-hop. En somme, il instruit le procès du “fake lifestyle” que certains rappeurs prétendent avoir pour faire rêver leurs fans et plus généralement, celui des errements d’une industrie gangrénée par le culte des apparences.

Sur une production de Boi-1da et Frank Dukes, laquelle met à l’honneur The-Dream aux commandes d’un refrain mêlant gros calibre et révélation mystique douteuse (« Go and make it bang, go and make it bang / Gettin’ followed by them hollows, go and make it bang / Niggas ain’t been to church in a minute / But it’s funny how that TEC make a nigga get religious / Amen ! »), Push s’emploie ainsi à dissiper les brumes déformantes de la gloire et nous invite à crever le miroir des impostures, à filtrer l’éclat trompeur de cette mystique de l’argent instrumentée par certains de ses alter-egos les plus reconnus (50 cent en tête) via les médias et les réseaux sociaux (« The illusion of money we don’t believe in… I’m Kim Jong of the crack song / Gil Scott-Heron to the black poem / Woo, the revolution will be televised / ‘Cause we done seen it all and they telling lies »).

Pour le moins litigieuse, la situation financière de 50 cent (actuellement dans les liens d’une procédure de surendettement dont le mérite demeure incertain) ne pouvait sans doute être épargnée sur ce morceau. Tant elle a été documentée dernièrement, à grands renforts de billets verts par l’intéressé sur Instagram d’une part, et aussi contradictoirement que possible par son avocat devant les tribunaux du Connecticut d’autre part. (On imagine d’ailleurs l’accablement de ce dernier devant la frénésie photographique de son client). En effet, l’homme sombre des Clipse emprunte encore à Biggie pour dénoncer à mots à peine voilés la confusion savamment entretenue par Curtis Jackson autour de sa fortune. Que les millions du rappeur du Queens sommeillent dans la quiétude ensoleillée d’un paradis fiscal ou non, hors de question pour l’auteur de Wrath of Caïne de se démettre de ses opérations illicites à raison de son succès en tant qu’artiste et de se résoudre au même sort que Fif: plutôt finir en taule que d’abdiquer sa couronne d’or blanc (« Niggas talking it, but ain’t living it / Two years later admitting it, all them niggas is renting shit / They ask why I’m still talking dope, why not? / The biggest rappers in the game broke, voilà ! »).

Au regard de l’ensemble du morceau, saturé de paroles à double sens qui forment à l’arrivée un véritable double langage, on peut enfin se demander si son titre même ne procède pas lui aussi d’une certaine ironie à l’adresse de ceux qui bâtissent leur succès davantage sur leur apparence et sur le mirage de leurs ostentations que sur l’intérêt (limité) de leur travail. « M.F.T.R »  vise peut-être aussi, outre la fausse richesse fièrement arborée par certains rappeurs, l’indigence de leurs textes et de leur musique.

Screen Cred

A une époque où les biopics consacrés aux rappeurs ont de nouveau le vent en poupe, boostés par le succès fulgurant dès sa sortie américaine de « Straight Outta Compton », et alors que vient tout juste d’être dévoilé le trailer de « All Eyez On Me », long-métrage dédié à la vie de Tupac, il n’est pas surprenant d’observer le retour en grâce du 7ème art comme source d’inspiration importante chez certains artistes. A l’instar de Kendrick Lamar sur K-Dot Training Day ou Good Kid, M.A.A.D City, Pusha T dépoussière les succès du courant blaxploitation apparu aux Etats-Unis au début des années 1970. L’album est innervé de références cinématographiques ainsi qu’à des séries, évoquant les protagonistes les plus marquants de films comme « Murder was the case », « Paid in Full », « Scarface », « New Jack City », « Menace II Society » ou encore, plus près de nous, les séries « The Wire » et « Narcos ». A la faveur de celles-ci, Pusha T façonne autant l’instabilité psychologique que la dimension menaçante de son personnage, traits majeurs d’une street cred à toute épreuve qu’on aurait sans doute tort de vouloir lui contester. Souvent pour s’y comparer, il revisite ainsi les grandes heures de ces barons de la drogue fictifs ou réels que sont Rich Porter, Tony Montana, Nino Brown, O-Dog et Pablo Escobar. De même que tous sont emblématiques d’une défiance absolue à l’égard des autorités, tous sont pareillement entraînés dans une spirale de violence qui, à force des monceaux de cadavres charriés derrière eux, finit invariablement par leur aliéner tôt ou tard toute forme de raison.

Ecouter l’album

Tracklist:

1. “Intro”
2. “Untouchable”
3. “M.F.T.R.” (Feat. The-Dream)
4. “Crutches, Crosses, Caskets” (prod. by Diddy)
5. “M.P.A.” (Feat. Kanye West, A$AP Rocky & The-Dream) (prod. by J. Cole)
6. “Got Em Covered” (Feat. Ab-Liva)
7. “Keep Dealing” (Feat. Beanie Sigel)
8. “Retribution” (Feat. Kehlani)
9. “F.I.F.A.”
10. “Sunshine” (Feat. Jill Scott)