Interview ROX – « La Route du Soi 2, Correspondances »

Salut Rox ! Nous sommes aujourd’hui à Lausanne à l’occasion de la sortie de ton dernier clip issu du E.P. « La Route du Soi 2, Correspondances ». Peux-tu nous parler un peu de ce dernier projet ?

Le premier volume de La Route du Soi est sorti en Juin 2017, c’est un E.P. 3 titres. Pour ce deuxième opus qui est un E.P. 5 titres, j’ai bossé avec Dj Dan, un vieil ami à moi. Notre idée était de revenir à quelque chose de très épuré et basique, une forme de retour aux sources et au hip-hop dit « boom-bap 90’s », avec des samples de Soul. J’ai commencé à écrire et à rapper autour des années 92-93. Depuis plus de 25 ans cette décennie du rap m’influence, elle demeure pour moi une source intarissable d’inspiration. C’est une formule simple et efficace qui a fait ses preuves et continue de fasciner également les nouvelles générations de rappeurs. Mes références ultimes de l’époque sont ATCQ et Boot Camp Click.

Nous avions déjà tourné 2 clips issus du premier E.P. de « La Route du Soi ». Actuellement pour le deuxième opus, nous avons déjà sorti le clip d’ « Aimer » il y a quelques mois puis le tout dernier, « Correspondances »  qui vient de sortir il y a tout juste quelques semaines. Ils sont disponibles en qualité optimale sur Bandcamp et en mp3 sur différentes plateformes.

 

 

Au niveau de l’écriture, quels sont les thèmes abordés sur le E .P. « La Route de Soi 2 » ?

Comme le jeu de mots dans le titre l’indique, plus que jamais, ma ligne directrice est introspective. Je parle de mon expérience et de ma vie. Je n’ai pas tenté de filtrer ou de limiter les morceaux ou je parle de moi-même et de mes états d’âme. Il a été enregistré dans une période de grands changements et de deuils physiques et symboliques dans ma vie. J’y aborde aussi bien la perte d’êtres chers que la page d’une période de vie qui se tourne.

Introspection, rétrospective, analyse, philosophie et spiritualité, déjà avec Jonas dans le DUO nous abordions ces thèmes. Je souris en pensant aux gamins de 18 ans que nous étions à parler d’énergie et de dualité. Je trouve ça admirable, je porte un regard affectueux  sur les gosses que nous étions mais avec mon esprit critique, je ne peux pas m’empêcher de me dire que nous pétions plus haut que notre cul… (éclats de rires). Nous faisions les sages alors que nous n’avions pas encore tellement vécu. Nous continuons à collaborer sur nos projets respectifs avec Jonas malgré le fait que je suis officiellement en solo depuis 2003.15 ans plus tard il est toujours mon frère de cœur et de plume. L’année prochaine, nous fêterons d’ailleurs les 20 ans du premier maxi du DUO, « Rien n’est duo Hasard ». Nous envisageons de faire un morceau ensemble pour l’occasion. Je ne sais pas encore si je rapperais toute ma vie, j’ai vu dernièrement un documentaire intitulé « Adults Rap » qui m’a parlé et amené certains éléments de réponse sur le sujet du rap chez les vieux (éclats de rires). Certaines figures du rap quinquagénaires ou même sexagénaires continuent à performer alors pourquoi pas moi ? En tous cas, je n’ai pas l’intention d’arrêter maintenant. J’ai aussi mon travail d’éducateur dans les maisons de quartier qui me tient à cœur ainsi qu’un travail journalistique sur le hip-hop.

Malgré le fait que ton son soit bien ancré dans le style des 90’s, t’intéresses-tu aussi aux nouvelles sonorités, comme la Trap par exemple?

Oui, bien sûr je m’y intéresse, pour me tenir au courant des tendances, plutôt dans une démarche sociologique ou journalistique. Par contre, c’est très rare que j’en écoute chez moi pour mon plaisir personnel. Je suis conscient que les nouvelles générations de rappeurs ici comme ailleurs, ont baigné dans ces sonorités avant se lancer eux-mêmes. Je les encourage à continuer d’explorer. Comme j’ai moi-même été inspiré par le courant de rap des 90’s, des nouvelles générations de rappeurs créatifs puisent leur inspiration dans la Trap ou dans d’autres courants. En termes de goût, c’est pas ce que je préfère. Je ne suis pas réfractaire au changement mais après avoir essayé des nouveaux flows plus adapté à la Trap, j’ai réalisé que ce n’est pas pour moi. Je préfère une ligne de rap plus classique, c’est ce que je fais de mieux et ce que je préfère écouter.

Pourrais-tu me citer quelques artistes qui t’inspirent ou te plaisent actuellement ?

Il y a beaucoup de jeunes rappeurs qui adoptent un style plus proche du rap traditionnel dit boom-bap ou 90’s  – principalement américains –   que j’apprécie écouter. Certains parmi les anciens qui faisaient déjà du son dans les années 90 et que j’écoutais lorsque j’étais ado vieillissent bien, continuent à sortir des albums et à tourner. J’étais récemment au Festival Royal Arena ou j’ai pu voir en concert Onyx, Edo G et Gza de Wu-Tang notamment. Les mecs tiennent la route ! Ils ont 50 piges, la forme et le fond sont bons. Ils jouent leurs classiques et leurs nouveaux titres sur scène, j’ai été très impressionné par leur énergie et leur créativité.

J’apprécie beaucoup la musique de Evidence de Dilated People ou encore Blacked Out, le MC de The Roots qui a fait un solo produit par l’excellent beatmaker 9th Wonder, lequel bosse également la rappeuse Rhapsody (récemment signée par Jay-Z sur son label Roc Nation, ndlr). J’ai découvert le rappeur Ocean Wisdom récemment. Il a vraiment du flow et j’aime l’attention qu’il porte aux textes. C’est mon côté vieux MC, j’attache beaucoup d’importance à l’écriture. En fait, pour moi, il y a un équilibre à respecter entre le fond, la forme et le flow. Un rappeur qui a un bon flow mais pas de contenu ou l’inverse, un bon texte sans flow n’a pas d’intérêt pour moi. J’ai les mêmes exigences vis-à-vis des rappeurs que j’écoute que celles que je m’impose à moi-même lors de mon processus créatif. La question n’est pas de faire nécessairement du rap “conscient“ mais qu’il y ait un travail d’écriture qui accompagne le flow. Ceci dit, il existe des nouveaux flows et beats qui m’intéressent. Joey Badass ou Kendrick par exemple me semblent proposer un entre-deux maitrisé et réussi entre trap et rap plus traditionnel. Pendant des années, j’ai souhaité faire un rap engagé mais j’y suis moins attaché à l’heure actuelle. Finalement, le rap a dès ses débuts eu une facette dénonciatrice et une autre plus festive. Paradoxalement, je me suis plus intéressé au rap dénonciateur alors que j’ai grandi à Genève, une ville plutôt tranquille si on la compare aux réalités sociales du Bronx de l’époque ou d’aujourd’hui. J’estime que c’est lié à mon histoire personnelle et à mon héritage familial, dans la mesure où mes parents étaient des gens très engagés. Du coup, le texte prime. Il ne s’agit pas forcément d’être engagé politiquement ou de dénoncer, mais un rap dit “conscient“ peut aussi tendre vers une forme de spiritualité. Disons que je suis une personne consciente et que ça se reflète dans ma musique.

Que penses-tu de la scène rap francophone actuelle ?

Franchement, si tu m’avais posé cette question il y a une semaine, je t’aurais répondu que je n’en pensais rien parce que je ne l’écoutais pas. Mais, étant de retour du festival Royal Arena ou j’ai passé du temps avec des journalistes spécialisés et ou le débat revenait souvent sur ces nouveaux rappeurs francophones, assez naturellement, sans me forcer, j’ai découvert des nouveaux artistes qui rappent en français. Je connaissais leurs blases mais j’avais de la peine à les différencier auparavant. En effet, il y a des choses intéressantes mais ça fait longtemps que n’écoute plus de rap français. J’ai grandi avec NTM, IAM, Les Sages Poètes de la Rue et MC Solaar. De nombreux groupes que j’appréciais à l’époque ont mal vieilli, je trouve. J’aspire vraiment aux bases du rap U.S. et U.K. On me parlait souvent de Damso par exemple, en m’expliquant qu’il avait vraiment quelque chose de différent et d’original. Après l’avoir écouté attentivement, je dois admettre qu’il a une plume et du talent mais ses textes ne me touchent pas. Je ne suis personne pour le juger. Néanmoins, je n’aime pas la vulgarité ni les insultes, à l’égard des femmes notamment, que ce soit dans le rap ou dans la vie. J’aime la poésie. Le font-ils de manière inconsciente parce qu’ils s’en foutent de tout ou bien au contraire, consciemment parce que ça marche auprès de leur public ? La question reste ouverte, je ne les connais pas personnellement pour affirmer quoi que ce soit. En tous cas, ça ne correspond absolument pas aux idéaux que je souhaite véhiculer dans ma musique. Je suis conscient des dérives de la société dans laquelle nous vivons et des réalités difficiles que beaucoup de gens affrontent au quotidien. Je recherche des canaux d’évolution et de bien-être pour tous. Je suis conscient que ma musique ne va pas changer leurs vies mais si elle peut déjà par moments leur donner un peu de courage, d’inspiration et alléger leurs peines, je suis satisfait. Tous les retours de mon public qui vont dans ce sens me vont droit au cœur. Cette valeur-là est inestimable et vaut tous les disques d’or, tout l’argent du monde.

 

 

Interview réalisée par Arthur C. et Hugo Benezra (a.k.a. « Le Scribe »)

 

 

 

 

 

Jonas, rap acoustique – Interview

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G : Bonjour Jonas ! On te rencontre à l’occasion de ton concert parisien de Septembre 2017 à La Dame de Canton où tu assures la première partie de Yael Miller qui est invitée sur ton album et avec laquelle vous collaborez depuis longtemps. A quoi peut-on s’attendre ce soir ?
J : Sur l’album Oxymore, je voulais explorer le contraste entre le son doux et feutré du clavier (Cedric Schaerer) et le son viscéral de la guitare électrique (Mathieu Karcher). Je suis également accompagné par un batteur (Maxence Sibille) et un bassiste (Christophe Chambet). Le projet est sorti en 2015 et nous avons beaucoup tourné. On a fait environ une cinquantaine de dates, principalement en Suisse. On a joué à Paris l’année dernière aux Trois Baudets, à Grenoble, à Lyon. On a aussi été invités à Tunis.

Ce soir par contre, il n’y aura pas de section rythmique. Ce sera piano, guitare, rap, ce qui permettra de mieux se concentrer sur les textes.

G : Cela fait très longtemps que tu rappes. Peux-tu me parler un peu de ta carrière de rappeur jusqu’à présent ?

J : En effet. J’ai commencé à rapper à 12 ans et j’en ai 38, ça fait donc 26 ans. Après avoir rappé durant une dizaine d’années au sein du groupe le D.U.O. aux côtés de mon pote ROX, j’ai enregistré mon premier album en partie en Afrique de l’Ouest (au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso) car j’adore la musique mandingue. Je bosse principalement avec des musiciens live. A 23 ans, je suis parti tout seul au Mali. J’avais écouté Boubacar Traoré et d’autres et j’ai préféré partir et enregistrer avec des musiciens africains plutôt que d’utiliser des samples.

Pour te donner une idée, j’avais découvert par hasard un groupe de rap burkinabé dans une disco à Tombouctou. Je me suis renseigné auprès d’un gars qui m’a dit que le groupe s’appelait Yeleen. Le lendemain, j’ai fait le tour de toute la ville pour trouver la cassette. Comme je l’écoutais souvent, j’ai fini par tomber par hasard sur quelqu’un qui les connaissait et qui m’a donné le n° de téléphone de l’un d’eux. J’ai décidé de l’appeler et il a tout de suite été partant pour qu’on se rencontre !

C’est la musique qui me donne envie de découvrir d’autres pays. Plutôt que de me dire « Wow ! Il y a de belles plages là-bas ! », je m’intéresse davantage à la force qu’il y a dans leur musique ou dans leur littérature. C’est d’abord ça qui m’attire dans un pays, avant d’aller à leur rencontre. J’ai toujours beaucoup aimé le sens des mots, les textes.  Les seuls invités sur mes projets, ce sont Yael Miller, Rox, Gaël Faye et Edgar Sekloka, parce que j’apprécie leur plume. Je suis plus attiré par les lyricists que par les kickeurs. Je respecte évidemment le boulot de « kickeur » et j’apprécie les gars qui ont du flow mais personnellement, ce qui m’intéresse en priorité ce sont les textes
Le deuxième album, on l’a enregistré avec piano, guitare, basse, batterie et contrebasse sur certains morceaux. On a rajouté du oud, de la clarinette basse et quelques autres instruments.

Le but d’un morceau pour moi, c’est vraiment d’aller creuser au fond de soi-même, d’essayer de trouver de l’humour dans la difficulté, de se pencher sur les failles qui se cachent derrière les conventions ou les apparences pour aller plus loin. Faire ce travail sur soi, trouver de la poésie là où il semble ne pas y en avoir, encourager les gens, je pense que c’est essentiel dans la mesure où nous sommes tous les miroirs les uns des autres. C’est pour cette raison que mes chansons, je ne les écris pas que pour moi, c’est très important de les partager.

G : Quelles sont tes influences en rap FR et US ?

J : Je pense que les gars qui m’ont le plus marqué dernièrement, ce sont Gaël Faye et JP Manova. Je suis assez éclectique. A la maison, j’écoute aussi bien Jacques Brel que de la musique indienne ou mandingue. Chez les ricains, j’aime bien Dillon Cooper, il kicke sévère sur des beats à la Primo. Il parle beaucoup de foncedé mais il le fait bien, il a un côté un peu viscéral que je trouve intéressant. Kendrick Lamar évidemment, c’est un monstre. Son morceau qui m’a le plus marqué, c’est « Hiii Power ».

Pour te donner une idée, mon album de référence (que j’écoutais encore dans la voiture tout à l’heure), c’est ATLiens d’Outkast. Cet album, il est hyper bien produit, il a 21 ans et il ne vieillit pas. Il est intemporel, c’est assez incroyable.

J’aime bien la musique de Jim Jones et Mos Def sur le projet Blakroc. J’ai toujours apprécié les sonorités East Coast. « Hellucination » de Smif-n-Wessun, pour moi c’est un classique de ouf !

Ce qui est fort avec le rap depuis toujours, c’est qu’indépendamment des distinctions boom-bap, « old school », cloud rap ou trap, ce sont toujours des gens qui sans formation essaient de créer quelque chose en dehors des voies traditionnelles. C’est un peu la génération spontanée.

Ce qui m’importe c’est la création. Même si certains types de rap me plaisent moins que d’autres, j’encourage toutes les initiatives autour de la production de rap. Je suis toujours content de découvrir de nouveaux talents et de voir des jeunes qui réussissent à remplir des salles. D’ailleurs, je trouve que les questions qu’on pose souvent du type : « Que penses-tu de tel ou tel rappeur ? » n’ont pas d’intérêt. A titre personnel, ça ne me dérange pas que certains puissent penser que je fais un rap de « vieux con ».

G : Il y a un côté assez introspectif dans ton dernier album, « Oxymore ». Est-ce que tu peux nous parler un peu de l’univers que tu y développes ?

J : Ce qui est au centre de cet album, c’est la critique humaine, la recherche de l’exception qui infirme la règle. J’aime bousculer l’ordre établi. L’homme a toujours tendance à coller des étiquettes et à se conditionner. Dans le fond, on a tous envie d’être heureux, de vivre des belles choses, de rencontrer des gens qui ont des bonnes vibes et qui nous tirent vers le haut. Malheureusement, on est souvent rattrapé par le stress et les problèmes. Même s’il faut savoir se préserver et prendre soin de soi. Détourner le regard quand les gens autour de toi rencontrent des difficultés, c’est la pire chose que tu puisses faire. Attention à ne pas tomber dans l’excès d’indifférence ! C’est un équilibre difficile à atteindre.

G : Merci d’avoir pris le temps nous répondre et bonne chance pour la suite Jonas !

wwww.jonasmc.com

Interview – Haïm – Black Cïrcus

 

Haïm est né à Paris. Il a longtemps habité à Orly avant de s’installer à Créteil où il vit depuis quelques années. Il a commencé à écrire ses premiers textes de rap autour de l’âge de 17 ans et a toujours eu envie de s’engager dans une carrière musicale à part entière. Néanmoins, ce n’est que bien plus tard qu’il a pris la décision de franchir le pas. Nous avons rencontré celui qui se définit lui-même comme « le premier juif du rap français » pour évoquer avec lui la sortie l’année dernière de son premier album, Black Cïrcus, ses influences aussi bien dans le rap game qu’en dehors, ses projets pour l’avenir mais également le sujet trop souvent tabou de l’antisémitisme qui sévit de manière insidieuse dans le milieu.

Entretien sans langue de bois avec celui qui, à 37 ans et fort d’un solide premier opus, a la ferme intention de surmonter toutes les embûches pour conquérir le trône du rap hexagonal.

 

 

Grapes Of Rap vous donne le choix entre le podcast audio à écouter ici…

… ou la version à lire ci-dessous.

 

Grapes Of Rap : Bonjour Haïm et merci d’avoir accepté l’invitation. Tout d’abord, quels sont les premiers rappeurs que tu as écoutés dans ta jeunesse et qui t’ont donné envie de rapper ?

Haïm Otakey : J’ai commencé à écouter du rap à 15 ou 16 ans. Les premiers, c’a été Secteur A et Booba.

G : Comment es-tu venu au rap toi-même par la suite ? C’est une envie que tu as eue dès que tu as commencé à écouter du rap ?

H : En fait, j’ai toujours écrit. J’écris depuis l’âge de 17 ans et à force d’écrire, j’ai fini par avoir envie de me lancer.

G : Quels sont les artistes que tu écoutes le plus actuellement en rap FR ? Et en rap US ?

H : J’écoute très peu de rap US. Ce qui m’intéresse, ce sont les lyrics donc j’écoute toujours beaucoup Booba, qui de ce point de vue reste pour moi indétrônable. Il y a aussi Lino d’Arsenik et Seth Gueko. Je reste essentiellement sur ces trois-là mais sinon je n’écoute pas beaucoup de rap FR non plus. J’en écoute même de moins en moins. Un petit peu de temps en temps pour me faire une idée mais il faut que ca reste du loisir, et non pas que ca devienne du fanatisme.

G : Ecoutes-tu également du rap israélien ?

H : Pas du tout.

G : J’imagine donc que ce sont ceux que tu as cité (Lino, Seth Gueko, Booba) qui influencent le plus ta musique et ce que tu fais actuellement ?

H : Entre autres oui mais j’ai également de nombreuses influences en dehors du rap. Par exemple Aznavour, Renaud, Brassens ou Jacques Brel. Je puise également dans la variété française. Pour moi, ce sont des MCs aussi. Au niveau des mots, ca reste de la haute voltige donc je m’inscris plus dans cette tendance-là.

 

 

G : J’ai remarqué que le seul son qui figure sur ta chaîne youtube et qui n’est pas de toi, c’est le morceau « 3G » de Booba. Est-ce qu’il y a une raison particulière à cela ?

H : Ce n’est pas que je ne partage pas mais Booba est aujourd’hui mondialement connu et ce n’est pas une page de fan. Ca reste une page personnelle, très « ego » et centrée sur moi. Le morceau « 3G », c’est parce qu’il est sorti au moment où j’ai commencé à me mettre sur Facebook. Donc je l’ai partagé.

G : Tu te définis comme « le premier juif du rap français » et l’antisémitisme est un thème très présent dans ta musique, notamment sur le titre « Maguène » où tu dénonces le fait qu’il y a « trop d’antisémites dans ce rap game ». Penses-tu qu’il y a un réel problème d’antisémitisme dans le rap game en France actuellement ?

H : Déjà, en France, en dehors du rap il est clair qu’il y en a un. Et dans le rap, c’est très tabou. Pour avoir fait le tour de pas mal de mecs qui postent beaucoup de choses sur internet, notamment des rappeurs connus, on sent que dans leurs publications comme dans leurs paroles, il y a des allusions à ça. Dans l’état actuel des choses, quand on aborde les radios où que ce soit, ça reste fermé. Même très, très fermé. Dans mes paroles, j’attaque aussi ce système-là. Le rap est anti-juif, et même s’il n’y a pas que ça, il y a tout de même 80% de ça. C’est-à-dire que quand on se présente à la radio où quoi que ce soit, ils ne vous laissent pas passer. Et le jour où j’accède à la « célébrité », on verra bien si comme le prétendent certains, cette industrie est contrôlée par les juifs.

G : Tu as donc déjà eu des expériences où tu as essayé de passer sur les ondes et où l’on t’en a empêché, parce que tu es juif ?

H : Oui et ca ne passe pas. Sans faire de la paranoïa mais je crois bien que c’est pour cette raison. C’est en tout cas le sentiment que j’ai eu.

 

 

G : Venons-en à ta musique proprement dite. Pourquoi avoir choisi d’appeler ton premier album Black Cïrcus ?

H : C’est une métaphore. Il y a un petit peu de tout dans un cirque : plusieurs pistes, plusieurs numéros, on peut être à la fois jongleur, clown triste, clown qui fait rire, il y a des animaux, donc c’est un peu la vie. Et puis « black », eh bien parce que ca ne dure jamais longtemps.

G : Est-ce que tu réalises toi-même tes prods ou est-ce que tu travailles avec des beatmakers ?

H : Je travaille avec un beatmaker qui est en Guyane. C’est lui qui a produit tout l’album sauf le premier morceau.

G : Que penses-tu des « type beats » qu’on trouve aujourd’hui un peu partout sur internet et qui permettent aux rappeurs de se confronter avec beaucoup plus de facilité qu’auparavant à différents types d’instrus ?

H : Internet, c’est comme tout. Ca a permis de faire avancer beaucoup de choses comme ca a aussi fait régresser beaucoup de choses. Concernant les type beats, je pense que c’est plutôt une bonne chose. Si ca donne de l’inspiration aux jeunes, si ca leur donne l’envie d’écrire et de se plonger dans quelque chose de positif, c’est toujours bien.

G : Sur la plupart de tes morceaux, on peut entendre des beats qui sonnent plutôt hip-hop old school du début des années 2000. Sur « Je rêve » ou « Toujours Al » par exemple, le piano fait penser à « Dans ma rue » de Doc Gynéco ou « Belsunce Breakdown » de Bouga. Est-ce que tu fais partie de ceux qui pensent que « le rap c’était mieux avant » ?

H : Pas vraiment, non. Il y a eu du bon et du moins bon avant comme il y a du bon et du moins bon aujourd’hui. Ce qui a changé avec internet, c’est surtout qu’il y a beaucoup plus de copies. Dès qu’un artiste fait un morceau qui marche, on peut s’amuser à retrouver les mêmes éléments chez tel ou tel autre artiste qui s’en inspire très directement. Bien plus qu’auparavant, on constate par exemple la multiplication des clones de Booba, d’un tel ou d’un tel. Il y a beaucoup de clones.

G : Il se passe beaucoup de choses dans le rap actuellement mais si on devait dégager les deux grandes tendances qui ont marqué ces dernières années, on pourrait dire qu’il y a d’une part le cloud rap, avec des instrus plutôt planantes et aériennes, et d’autre part la trap, avec le plus souvent du fast flow sur des instrus beaucoup plus lourdes. Que penses-tu de l’hégémonie récente de ces deux grandes tendances ?

H : J’écoute assez peu tout ca, je ne suis pas un bon client. J’ai tendance à rester sur mes bases et je suis plutôt fidèle aux classiques. C’est peut-être aussi du à l’âge que j’ai. Mais quand j’aime bien un artiste, je vais acheter l’album, j’écoute régulièrement et je vais au concert. Bref, je le suis à fond.

Concernant la trap, peu importe que le flow soit saccadé ou qu’un morceau ait du « style » pour telle et telle raison, il faut qu’il y ait du texte derrière sinon je trouve ca un peu mou et ca ne m’intéresse pas tellement. Il y en a qui vont aimer la musique, d’autres qui vont aimer le thème. Pour ce qui me concerne, je n’écoute pas spécialement ce genre d’artistes et de manière plus générale, je ne suis aucune mode. Il faut simplement que ca me plaise.

G : Pour finir, quels sont tes projets pour les mois à venir ? Est-ce que tu travailles sur un deuxième album ?

H : De toute façon, j’écris tout le temps. Mon projet pour le moment, c’est surtout d’emmener « Black Cïrcus » au plus haut point.

G : Merci Haïm d’être venu nous parler de ton premier album. J’espère avoir été à la hauteur du « bête d’interview » que tu appelais de tes vœux sur ton intro « H Black ». On te souhaite le meilleur pour la suite de tes aventures.

 

 

Pour suivre Haïm et acheter son album Black Cïrcus, c’est par ici ou par .

Tracklist :

  1. Intro H Black
  2. Marginal
  3. La Maguène
  4. Jude Lion
  5. One Shot
  6. J’irai loin
  7. Black Cïrcus
  8. Mafia Mifa
  9. Dieu Seul Sait
  10. L’Heure H…
  11. Otakey
  12. Baka
  13. Allée des Sycomores
  14. Phénix
  15. Si loin
  16. Victoire
  17. 7ème Saison