Gucci Mane – Everybody looking

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Gucci Mane, la pieuvre des Atlantes

Atlanta, 26 Mai 2016. Après 3 ans passés derrière les barreaux pour détention d’armes à feu et de stupéfiants, Radric Davis, alias Gucci Mane, sort de prison. Arrêté à plus de 10 occasions depuis 2005 et déjà incarcéré à plusieurs reprises depuis 2010 pour possession de cocaïne ou pour l’attaque à main armée d’un club de sa ville, celui qu’on désigne volontiers comme le Boosie local en raison du rythme effréné de ses projets comme de ses allers-retours au trou a cette fois la ferme intention de s’en tenir à la musique et de ne pas retomber dans ses travers. « I’m not tryna’ go back », selon les propres mots de l’intéressé. Et depuis sa sortie, on ne peut que se réjouir de constater que Mr. Zone 6 a pris son engagement très au sérieux. Si sa condamnation ne l’avait pas empêché de sortir quelques mixtapes de bonne facture ici et là durant son séjour à l’ombre, comme le triptyque Breakfast / Lunch / Dinner, sa production exponentielle depuis son retour aux affaires déploie ses tentacules dans tous les studios de la région et bien au-delà. Des collaborations variées et souvent réussies que Guwop enfile comme des perles avec ses fils spirituels (Young Thug, Migos, Future…) et autres Common, Pusha T, Rick Ross, 2 Chainz pour ne citer qu’eux. Profitant de la tranquillité et de la sobriété imposée des profondeurs, la pieuvre des Atlantes n’a pas cessé d’écrire tout au long de sa détention, la faim et la gagne au ventre, comme en témoignent les lyrics griffonnées partout sur les murs de sa cellule. L’ensemble des textes d’ Everybody looking, sorti sur Atlantic Records le 22 Juillet dernier, a ainsi été écrit derrière les barreaux. Il paraît même que Guwop n’aurait passé qu’un très court moment à la pool party organisée pour célébrer sa libération, préférant filer directement en studio pour enregistrer l’album. Ce qui fut fait en seulement 6 jours.

Pawlice !

A l’arrivée, ce projet très attendu qui devait marquer le grand retour du Trap God à la liberté est largement à la hauteur des attentes qu’on pouvait en avoir. Résultat d’une introspection longue de 3 années menée en milieu carcéral : Guwop déteste toujours autant les flics (si ce n’est plus) et enfonce le clou de son hostilité en travers de leur gorge dès la première track, « No Sleep » : « I can’t even sleep I got so much to say / Fuck the feds, fuck the police, fuck the DEA / I can’t even sleep I got so much to say / Ex-drug dealer, used to sell a brick a day ». Cet esprit frondeur qui tient lieu de leitmotiv à l’ensemble de l’album se retrouve notamment sur « 1st Day Out Tha Feds », premier titre enregistré chez lui après sa libération sur lequel il diapre le corps policier d’un énième œil au burr noir. Celui-ci apparaît comme la suite logique de « 1st Day Out » qui avait marqué sa première sortie de prison sur l’album Writing On Da Wall en 2008.

 

 

Au demeurant, l’incarcération aura cette fois été l’occasion d’un bilan et d’une désintoxication forcée dont témoigne son impressionnante perte de poids  : c’est la tête sur les épaules, mûri, que Gucci sort de taule, et si sa musique baigne toujours dans une atmosphère de trap house, le projet prend également sur certains morceaux des airs de journal intime. Gucci alterne ainsi avec brio entre pur ego trip et lyrics plus profondes et personnelles, se confiant par exemple sur ses regrets ou sur l’épreuve de la désintoxication, expliquant que la prison lui a permis de se libérer de ses démons comme de son addiction à la drogue mais également de se refaire une santé.

 

Insane in the Mane Brain

Mais ne nous y trompons pas. Si Gucci est à présent sevré, les flux traversant Spaghetti Junction – le serpent de dope qui alimente la région – n’ont pas oublié de ravager sur leur passage l’esprit de son rappeur icône. Sur la plupart des morceaux de ce 5ème album en major, celui-ci reste bien le dealer glacial des rues d’Atlanta qui refourgue de la poudreuse à tour de bras, le hustler ultime et stupéfiant qui a su au fil des années étendre son territoire pour finalement conquérir jusqu’à nos oreilles au moyen d’une trap vertueusement coupée. Ainsi, Guwop met les voiles depuis sa geôle de la périphérie pour rejoindre la ville au volant d’un poids lourd toujours chargé à bloc, en compagnie de ses producteurs historiques Zaytoven et Mike WiLL Made It qui se révèlent une fois encore être de parfaits copilotes. Cinq ans après Return of Mr Zone 6, on retrouve des productions denses qui installent une atmosphère toute à la fois brute et teintée de mélancolie, sur lesquelles Gucci rappe avec gourmandise, évitant de réitérer l’erreur commise sur The State vs. Radric Davis (2009) ou The Appeal: Georgia’s Most Wanted (2010) de mêler son rap très cru à du R’n’B de midinette.

 

Veni, Vidi, Gucci

Le projet compte 3 featurings avec 3 des rappeurs les plus influents du moment : Young Thug entonne sur « Guwop Home » les louanges du père spirituel qui a contribué à son ascension (comme à celles de Waka Flocka Flame ou Young Scooter dont il a également lancé les carrières), Kanye West l’accompagne sur la délicieusement oppressante « Pussy Print » et Drake apparaît au refrain de l’entraînant « Back On Road ». Le choix d’avoir minimisé les featurings mérite d’être salué à la fois parce qu’il marque la rupture avec le format mixtape, parce que ces 3 morceaux sont bons et parce que, stratégiquement et symboliquement, il permet au chef de file de 1017 Records de rappeler son rang de légende aussi bien à ses fans qu’à ses pairs. Car il est au moins autant respecté pour ses qualités de rappeur qu’en tant que découvreur de talents, comme il le rappelle subtilement sur « All My Children » : « I can take a dope boy and make him go platinum ».

 

 

Au total, Everybody looking nous semble pouvoir être qualifié de versant trap d’All Eyez On Me de Tupac, rien de moins, tant il constitue au même titre un classique instantané du genre auquel il appartient. Pour ce qui nous concerne, on souhaite à la pieuvre fraîchement sortie de l’aquarium et revenue à son élément naturel de poursuivre avec la même intelligibilité la reconquête de son statut de léviathan du rap game. Et de s’ébattre encore longtemps dans des lagunes de lean. Par la musique, bien évidemment.

 

 

Et puisque c’est bientôt les fêtes, on vous offre en bonus une petite comptine de Noël burrprintée à souhait :

Ecouter l’album

Date de sortie : 22 Juillet 2016 // Label : Atlantic Records

Tracklist :

1. No Sleep (Intro)
2. Out Do Ya
3. Back On Road
4. Waybach
5. Pussy Print (feat. Kanye West)
6. Pop Music
7. Guwop Home (feat. Young Thug)
8. Gucci Please
9. Robbed
10. Richest Nigga In The Room
11. 1st Day Out Tha Feds
12. At Least a M
13. All My Children
14. Pick Up The Pieces (Outro)

Pusha T : King Push – Darkest Before Dawn : The Prelude

Pusha T : King Push – Darkest Before Dawn : The Prelude

Plongée dans les travées psychologiques de la vie de gangster

Dans la petite ville de Norfolk, en Virginie, Pusha T a remplacé le traditionnel ciment des fondations des tours de banlieue par des sacs de farine. Plus pratique pour la cuisson des petits pains et leur distribution à grande échelle.

Livré avec un court-métrage, King Push – Darkest Before Dawn : The Prelude est le deuxième album solo de la moitié sombre des Clipse, sorti le 18 Décembre 2015 sur GOOD Music et Def Jam Recordings. Il annonce en une dizaine de titres le très attendu King Push prévu pour Juillet 2016 et d’ores-et-déjà évoqué comme l’un des événements majeurs de l’année. Et dès la première écoute, on est envahi par la sensation que le projet tient toutes ses promesses.

Si l’album réunit autour d’un univers toujours centré sur le deal de cocaïne, un casting riche et varié de producteurs (Kanye West et la motherfucking « clique » de son label en tête, Puff Daddy, Q-Tip, J.Cole, Timbaland, Hudson Mohawke, The-Dream, Boi-1da, Metro Boomin), il évite cependant soigneusement l’écueil du carnaval indiscipliné de titres. A la différence du dernier opus de Kanye, The Life Of Pablo, lequel n’avait à cet égard que peu convaincu, Darkest Before Dawn fait en effet preuve d’une cohérence esthétique indiscutable. Plongée vertigineuse dans les travées psychologiques de la vie de gangster.

D’entrée de jeu, Pusha T s’érige en super-héros du deal qu’il incarnera tout au long de l’album ; sorte de Dieu seul détenteur d’un produit ultimement pur, implacable, propre à faire vaciller tout notre univers dès la première prise (« As a God amongst men / Rinsed drug money, I done paid for my sins / Books and the lawyers, I done paid for my friends / Still held back, I done paid with my skin / The only thing missing is a cape on me / You niggas wanna tag a late, great on me / Put the fears in my peers, heard my footsteps coming from the rear / Now it’s murder was the case homie »). La couleur est d’ailleurs annoncée dès les toutes premières paroles de l’intro: l’album sera blanc, du début à la fin, sans répit possible. Blanc pur, blanc poudre. Un long-courrier à travers de fortes turbulences, effectué d’un trait, sans escale, angoissant sur toute la ligne. Sans un seul instant laissé à la conscience pour s’aviser d’une éventuelle rédemption ou même d’un simple retour sur soi. « Leave your conscience at the door / We done hid the monsters in the floor / I speak to the trap lords and niggas with their hands in the white like blackboards », s’élance ainsi Push sur une production de Metro Boomin et Puff Daddy, laquelle fait clairement écho au son Coke Wave cher à Max B et French Montana. Nous voilà prévenus. Autant préparer d’emblée les pailles pour affronter la suite (car King Push prêche toujours un peu pour sa paroisse).

 Intouchable ?

Avec « Untouchable », Timbaland achève d’enclaver au sein de l’album un climat d’anxiété suffocante qui ne le quittera plus. Communion pénétrante entre un sample de Notorious B.I.G. et une boucle minimaliste qui vient l’habiller dans des tons lugubres, le single constitue un double hommage rendu à ce dernier, que Pusha T considère d’ailleurs en interview comme « the greatest rapper who’s ever lived ». L’hommage réside en effet autant dans l’utilisation d’un sample du morceau « Think B.I.G. » en guise de refrain que dans les premières paroles du titre qui, associées à ce sample, saluent indirectement la qualité des lyrics de Biggie. Le vétéran des Clipse y livre un ego trip net et sans bavures, acide, lapidaire, toujours aussi immédiatement efficace et qui a pour ambition manifeste de le positionner, à l’instar de son idole, dans les sommets du rap game. Après avoir aligné sur le peloton d’exécution l’ensemble de ses confrères – très nombreux ces temps-ci – qui s’obstinent à l’omniprésence en multipliant les projets creux uniquement pour occuper le terrain ( « I drops every blue moon / To separate myself from you kings of the YouTube / I am more U2, I am like Bono with the Edge »), il réaffirme sa détermination sans faille à prendre toute sa place dans le haut du tableau, corollaire de son mépris affiché pour les MCs qui n’ont ni le courage, ni la verve, ni le “juice” nécessaires pour en faire autant  (« I’m aiming for the moguls / Why y’all niggas aiming at the locals ? And rap niggas broke like them, they’re mere hopeful / Still wishing on a star… »).

Portée par une trame ondulatoire – thrène lancinant d’un synthé lourdement perfusé à la codéine –, cette deuxième piste propose une identité sonore particulière qui se distingue assez nettement des sirènes de la trap d’Atlanta, plus perçantes et plus corrosives. L’arrangement rôde autour de la voix du rappeur ainsi qu’un couteau à cran d’arrêt pressé contre sa carotide du début à la fin du titre. Comme pour rappeler qu’en dépit de l’invulnérabilité triomphante dont il se targue, le spectre de la surveillance policière de ses activités n’est jamais très loin (« They tryna’ pin this trafficking on me like Mano and Tony / My thoughts spilling over / The soft ceiling’s open, I Cross-Fit the coca / Yuugh! It’s a different calisthenics when I do the Lennox… »). En ce sens, « Untouchable » apparaît tant dans la forme que sur le fond comme la mise en scène oppressante d’un jeu du chat et de la souris à hauts risques, où le couperet fédéral balance inlassablement au-dessus des têtes des pourvoyeurs de poudre tapis dans l’ombre et où il menace constamment de faucher les impudents qui oseraient voler trop près du soleil.

 Les liasses ou la lumière

« M.F.T.R. » (acronyme de « More Famous Than Rich ») prolonge la métaphore de son statut de déité juchée sur son trône d’ivoire, filée tout au long de l’album (« Would you question could I swim if you saw me walking on water? / Yeah, while every song got a rapper dance / Yuugh, I’m drug money like Dapper Dan / No retirement plans, no Derek Jeters / We all know I did it; Rodriguez »). A la suite de cette première invective en forme de balle perdue (que les périls de l’industrie ont le plus récemment logé dans la tête de Bobby Shmurda), ce morceau pose avec acidité la question de l’importance qu’un MC doit accorder à l’argent, à la célébrité ou encore au respect de ses pairs dans le cadre de sa carrière. Devenu classique dans la tumultueuse industrie actuelle du hip-hop, le thème de l’arbitrage individuel entre ces trois réalités inhérentes à l’office suscite de la part du rappeur de Norfolk une rafale de critiques acerbes à l’égard de certains de ses confrères. Car lui a depuis bien longtemps choisi son camp : c’est l’argent qui occupe le pinacle de la pyramide, qui tient lieu de valeur suprême de cette Sainte-Trinité. Loin devant la célébrité à laquelle nombre d’autres rappeurs sont bien plus attachés. Décidé à tirer un trait sur les illusions, Pusha T s’inscrit donc ici en pourfendeur des faux-semblants et contre-vérités trop souvent véhiculés par la culture hip-hop. En somme, il instruit le procès du “fake lifestyle” que certains rappeurs prétendent avoir pour faire rêver leurs fans et plus généralement, celui des errements d’une industrie gangrénée par le culte des apparences.

Sur une production de Boi-1da et Frank Dukes, laquelle met à l’honneur The-Dream aux commandes d’un refrain mêlant gros calibre et révélation mystique douteuse (« Go and make it bang, go and make it bang / Gettin’ followed by them hollows, go and make it bang / Niggas ain’t been to church in a minute / But it’s funny how that TEC make a nigga get religious / Amen ! »), Push s’emploie ainsi à dissiper les brumes déformantes de la gloire et nous invite à crever le miroir des impostures, à filtrer l’éclat trompeur de cette mystique de l’argent instrumentée par certains de ses alter-egos les plus reconnus (50 cent en tête) via les médias et les réseaux sociaux (« The illusion of money we don’t believe in… I’m Kim Jong of the crack song / Gil Scott-Heron to the black poem / Woo, the revolution will be televised / ‘Cause we done seen it all and they telling lies »).

Pour le moins litigieuse, la situation financière de 50 cent (actuellement dans les liens d’une procédure de surendettement dont le mérite demeure incertain) ne pouvait sans doute être épargnée sur ce morceau. Tant elle a été documentée dernièrement, à grands renforts de billets verts par l’intéressé sur Instagram d’une part, et aussi contradictoirement que possible par son avocat devant les tribunaux du Connecticut d’autre part. (On imagine d’ailleurs l’accablement de ce dernier devant la frénésie photographique de son client). En effet, l’homme sombre des Clipse emprunte encore à Biggie pour dénoncer à mots à peine voilés la confusion savamment entretenue par Curtis Jackson autour de sa fortune. Que les millions du rappeur du Queens sommeillent dans la quiétude ensoleillée d’un paradis fiscal ou non, hors de question pour l’auteur de Wrath of Caïne de se démettre de ses opérations illicites à raison de son succès en tant qu’artiste et de se résoudre au même sort que Fif: plutôt finir en taule que d’abdiquer sa couronne d’or blanc (« Niggas talking it, but ain’t living it / Two years later admitting it, all them niggas is renting shit / They ask why I’m still talking dope, why not? / The biggest rappers in the game broke, voilà ! »).

Au regard de l’ensemble du morceau, saturé de paroles à double sens qui forment à l’arrivée un véritable double langage, on peut enfin se demander si son titre même ne procède pas lui aussi d’une certaine ironie à l’adresse de ceux qui bâtissent leur succès davantage sur leur apparence et sur le mirage de leurs ostentations que sur l’intérêt (limité) de leur travail. « M.F.T.R »  vise peut-être aussi, outre la fausse richesse fièrement arborée par certains rappeurs, l’indigence de leurs textes et de leur musique.

Screen Cred

A une époque où les biopics consacrés aux rappeurs ont de nouveau le vent en poupe, boostés par le succès fulgurant dès sa sortie américaine de « Straight Outta Compton », et alors que vient tout juste d’être dévoilé le trailer de « All Eyez On Me », long-métrage dédié à la vie de Tupac, il n’est pas surprenant d’observer le retour en grâce du 7ème art comme source d’inspiration importante chez certains artistes. A l’instar de Kendrick Lamar sur K-Dot Training Day ou Good Kid, M.A.A.D City, Pusha T dépoussière les succès du courant blaxploitation apparu aux Etats-Unis au début des années 1970. L’album est innervé de références cinématographiques ainsi qu’à des séries, évoquant les protagonistes les plus marquants de films comme « Murder was the case », « Paid in Full », « Scarface », « New Jack City », « Menace II Society » ou encore, plus près de nous, les séries « The Wire » et « Narcos ». A la faveur de celles-ci, Pusha T façonne autant l’instabilité psychologique que la dimension menaçante de son personnage, traits majeurs d’une street cred à toute épreuve qu’on aurait sans doute tort de vouloir lui contester. Souvent pour s’y comparer, il revisite ainsi les grandes heures de ces barons de la drogue fictifs ou réels que sont Rich Porter, Tony Montana, Nino Brown, O-Dog et Pablo Escobar. De même que tous sont emblématiques d’une défiance absolue à l’égard des autorités, tous sont pareillement entraînés dans une spirale de violence qui, à force des monceaux de cadavres charriés derrière eux, finit invariablement par leur aliéner tôt ou tard toute forme de raison.

Ecouter l’album

Tracklist:

1. “Intro”
2. “Untouchable”
3. “M.F.T.R.” (Feat. The-Dream)
4. “Crutches, Crosses, Caskets” (prod. by Diddy)
5. “M.P.A.” (Feat. Kanye West, A$AP Rocky & The-Dream) (prod. by J. Cole)
6. “Got Em Covered” (Feat. Ab-Liva)
7. “Keep Dealing” (Feat. Beanie Sigel)
8. “Retribution” (Feat. Kehlani)
9. “F.I.F.A.”
10. “Sunshine” (Feat. Jill Scott)