PNL – Dans la légende

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Aux Etats-Unis, le label californien T.D.E. enchaîne depuis quelques 24 mois environ les projets d’une grande qualité, sous la direction virtuose de son fondateur et CEO Anthony « Top Dawg » Tiffith. Figure de proue du label n’ayant déjà presque plus rien à prouver après la consécration grammystique de To Pimp A Butterfly, le flow bolide de Kendrick Lamar lévite sur les notes d’un G-funk revitalisé aux couleurs du jazz et du gospel, comme Aladdin sur son tapis volant fuyant dans une course effrénée la vague de lave à ses trousses après avoir volé la lampe magique. Dans son sillage, Isaiah Rashad s’est inscrit sans conteste comme l’une des révélations de ces dernières années, tandis que le gangsta rap instrumental de ScHoolboy Q continue de surprendre en se perfectionnant de projet en projet.

Du rap vocodé jusqu’à l’OD

A l’opposé du spectre, en France, on trouve PNL, succès nucléaire de la production rap indépendante dont le troisième album, Dans la légende, vient de sortir le 16 Septembre dernier. Le projet persiste dans l’exploration de cette tension thématique et mélancolique entre le dealer fragile et le mafieux qui va te faire la peau. On y retrouve les marqueurs qui ont fait le succès commercial des précédents albums, entre les références à la « miff » qui va toujours bien (nous voilà rassurés…) et sur laquelle les deux frères des Tarterêts ont toujours à coeur de veiller, le rejet voire la haine des médias, le célèbre chimpanzé devenu pensionnaire de Skyrock de retour dans le clip du morceau d’ouverture « DA », le biz et les fours naturellement, le passage de la tess grise aux vacances ensoleillées dans une station balnéaire (sans doute payées en liquide) comme symbole d’un ascenseur social en panne qui ne laisse plus aux jeunes des quartiers que les voies de l’illégalité pour tenter de s’en sortir.

 

Il reste que le problème majeur de l’album (comme d’ailleurs de PNL en général) éclate une fois encore au visage dès la première écoute. C’est l’extrême pauvreté des paroles et le fait que N.O.S et Ademo tentent de nous en masquer le manque crucial d’intérêt par un gavage à l’auto-tune digne de celui habituellement réservé aux oies destinées à la production de foie gras. Lequel voudrait passer pour une expression cloud rap made in France.  A défaut d’être avant-gardistes dans leurs paroles ou dans leur proposition sonore, les frères de PNL sont assurément en avance sur les fêtes de fin d’année.

L’autre écueil du projet réside dans l’accent improbable qui habite inlassablement le flow des deux frères, sensé retranscrire la prééminence de l’agressivité et de la violence dans les quartiers qui les ont vu grandir. Aussi implacable qu’une descente de flics au beau milieu d’une session de découpe de savonnettes, c’est en effet l’ensemble de l’album qui en est imprégné. Sans doute venu d’une cité située sur une autre planète – vraisemblablement « Uranus », 15ème piste de l’album, dont on aperçoit le reflet dans leurs lunettes de soleil sur la pochette du disque -, cet accent ne peut manquer d’intriguer en ce qu’il est propre à PNL et ne semble se retrouver chez aucun autre rappeur.

La Tess vue du ciel

En matière de clips, les choix du tandem sont mieux inspirés et opposent deux esthétiques. L’une est celle de la bicrave sans détour, sombre et étouffante, qui emprunte à la série « Gomorra » ses travellings aériens sur des kilomètres de barres d’immeubles pour suggérer le bouillonnement d’activités illégales qui s’y déroulent 24 heures sur 24. Une version périurbaine de la « Terre vue du ciel » de Yann Arthus-Bertrand, sculptée dans le béton des tours de la cité. Le clip du morceau   « Le monde ou rien » a d’ailleurs été tourné à Scampia, dans la banlieue de Naples.

L’autre, éclairée par la lumière des grands espaces et des paysages naturels, traduit au contraire l’apaisement d’être enfin sorti de l’asphyxie des fours. Elle tranche avec la précédente au moyen de plans panoramiques qui placent le duo face à l’océan, au lac ou à la montagne, où ils jouissent enfin d’une sérénité que leur interdisait jusqu’alors cet air irrespirable. Le quotidien du dealer sans gloire reste au centre des textes mais il n’appartient plus ici qu’à un passé révolu dont leur succès les a enfin délivré et auquel il n’est pas question de revenir.

 

Aladdin plutôt que Mowgli et Simba

Au total, le disque porte assez mal son titre et constitue davantage du rap de corbeille qu’il ne représente le rap de Corbeil-Essonnes. C’est d’autant plus regrettable que les instrus considérées pour elles-mêmes sont, comme elles l’étaient déjà sur « Le monde chico », souvent planantes et plutôt bien ciselées. PNL, c’est donc en quelque sorte la soupe populaire du rap français, celle qui se borne à remplir sa mission de rassasier les foules (pour des raisons qui nous échappent, l’album était en effet très attendu) mais dont le goût laisse franchement à désirer.

Pour ce qui nous concerne, et bien au-delà des palmiers et du soleil qui y règne, on préfère ainsi largement la compagnie californienne de T.D.E et de sa nouvelle vague West Coast que celle des frères Andrieu. La bonne surprise viendra peut-être d’un prochain opus mais d’ici là, PNL reste bien plutôt dans la débande que Dans la légende.

Dans la légende – 4 titres en écoute :

DA

Naha

J’suis QLF

La vie est belle