TRACK PIPE #1

Au menu cette semaine : double dose de Game (parce que c’est une excellente occasion de vous parler aussi de Meek Mill et Young M.A), E-40, A$AP Mob, Payroll Giovanni, Anderson .Paak et Lance Skiiwalker (parce qu’on aime bien les blazes avec 2 voyelles qui se suivent).

 

The Game – 1992 – « I grew up on Wu-Tang »

Sur 1992, son dernier album sorti le 7 Octobre dernier et entièrement produit par Bongo, The Game rend un hommage vibrant à deux classiques en date de ce légendaire mois de Novembre 1993 qui a marqué l’histoire du rap. En effet, l’artwork du projet dont la parenté avec celui de l’indétrônable Doggystyle de Snoop Dogg saute aux yeux a été réalisé par le même homme, Joe Coll. Cet esprit cartoon rappelle en outre la pochette du dernier album du Doggfather, Coolaid, ainsi que celle, plus ancienne, de Lord Willin’ des Clipse sorti en 2002. A défaut de featuring (puisqu’il n’en comporte aucun), le disque célèbre également le Wu-Tang Clan et dresse le portrait d’une jeunesse de l’époque formée à l’école de la rue, dans l’antichambre de la 36ème, du gros G-Funk dans le casque comme dans la caisse.

Après Block Wars, son précédent opus qui avait accompagné fin Juillet la sortie de son jeu vidéo et sur lequel il s’était aventuré en territoire trap pour un résultat mitigé, The Game déserte donc l’aire de jeu de Meek Mill et renoue avec ses influences originelles. Et quitte à ce qu’il porte un peu moins bien son nom, on est plutôt contents de le retrouver dans son élément.

 

The Game – 1992 – « Pest Control »

The Game poursuit sa distribution des bons et des mauvais points. Après le clin d’oeil à Snoop et la révérence à Wu-Tang, c’est donc l’heure du dernier épisode du beef qui l’oppose depuis quelques semaines à Meek Mill. Une fois n’est pas coutume, « 92 Bars » ne lui aura pas suffi à vider son chargeur : il récidive donc pour finir le travail avec « Pest Control », un remix du single « OOOUUU » de Young M.A à l’occasion duquel il enfile les rafales sur une cible du rappeur de Philly. Une exécution en forme d’effet boomerang puisque ce dernier, fidèle à sa trap guerrière et corrosive, avait lui-même repris ce morceau quelques jours plus tôt sur pour tirer à boulets rouges sur l’ex G-Unit.

 

E-40 Feat. AD – The D-Boy Diary Books 1 & 2 –          « On One »

Avec le titre « On One », E-40 accompagné par AD livre sans doute le meilleur extrait jusqu’ici de son prochain double album dont la sortie est annoncée pour le 18 Novembre 2016. Une instru et des lyrics qui demeurent dans la verve mob music minimaliste chère à Earl Stevens et font la part belle au flow toujours aussi précis du rappeur californien.

 

A$AP MOB – Cozy Tapes vol.1 : Friends – « London Town »

On vous parlait il y a peu de « Yamborghini High », extrait des Cozy Tapes d’A$AP Mob dont le premier volume vient de sortir le 31 Octobre dernier. Ce projet à dominante drill et trap recèle en effet quelques perles dont le titre « London Town » à côté duquel on ne pouvait pas passer cette semaine.

 

Payroll Giovanni Feat. Doughboy Clay – Sosa Dreamz – « Worldwide Hustla »

Après A$AP Mob à Londres, c’est au tour d’un rappeur de la Motown de s’élancer à la conquête du monde. Rien de moins. Fort du succès de Stack Season qui avait ouvert le bal 2015 d’une excellente année rap, Payroll Giovanni est retourné en studio pour vérifier le niveau d’huile et débrider son moteur. A l’arrivée, le tigre à l’intérieur s’est affranchi de toutes limitations de vitesse. Sur Sosa Dreamz sorti le 4 Novembre dernier, nul besoin de liquide de refroidissement pour le météore de Détroit dont le flow acéré se charge sans effort de liquider et de refroidir la concurrence. Ce dernier opus confirme, s’il en était besoin, qu’il est un rappeur et un hustler tous terrains avec lequel la scène de sa ville devra désormais compter. Démonstration avec le titre « Worldwide Hustla ».

 

Anderson .Paak – Malibu – « The Season / Carry Me / The Waters »

Anderson .Paak s’est imposé sans conteste comme l’un des hommes forts de l’année 2016 entre la sortie en tout début d’année de son premier album studio, Malibu, unanimement salué par la critique, son tout récent projet collaboratif avec NxWorries, Yes Lawd!, lequel a également retenu l’attention et sa présence toujours lumineuse sur les refrains de nombre de ses confrères. Il propose une fusion ensoleillée entre hip-hop, soul, funk et jazz, remarquablement servie par l’utilisation de son grain de voix si particulier comme un véritable instrument. Petit échantillon de ce prodige au confluent des genres, entré dans l’industrie par la grande porte. A juste titre, à notre humble avis.

 

Lance Skiiwalker – Introverted Intuition –                  « Toaster » Feat. ScHoolboy Q

Récemment signé sur le label T.D.E., Lance Skiiwalker vient de livrer son premier album studio, Introverted Inuition, le 18 Octobre dernier. Au regard du pedigree haute voltige des autres protagonistes du label (Kendrick Lamar, ScHoolboy Q ou Isaiah Rashad pour ne citer qu’eux), on était en droit de s’attendre à du lourd. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que nous n’avons pas été déçus. A l’écoute du projet, on ne peut qu’approuver la démarche de T.D.E. de persister dans l’exploration de sons nouveaux. Entreprise depuis un peu plus d’un an pour tenter d’établir les paradigmes sonores de la nouvelle vague californienne, quitte à s’éloigner par moments du rap pur et dur comme sur le titre « Toaster », celle-ci apparaît indiscutablement comme un succès. Introverted Intuition est donc un album difficilement classable qui reflète cette tendance à l’ouverture sur d’autres genres musicaux judicieusement impulsée par le label.